vendredi 17 mai 2013

Le tapon du mois

Quand on fait du service à la clientèle, on finit par s'habituer au fait qu'on tombe tôt ou tard sur un individu moins allumé que les autres (ou, j'accorde le bénéfice du doute, juste en manque aigu de caféine au moment où il vous parle). Appelons-les familièrement les tapons.

Avec mes collègues, on s'amuse parfois à élire l'un de ces tapons le "tapon du mois" en prenant le pari que l'énormité qu'il vient de proférer ne pourra pas être égalée. Or, ce mois-ci, j'ai fait mentir toutes les prédictions de mes collègues (qui avaient déjà élu notre tapon du mois) en recevant l'appel suivant :

Moi - Service à la clientèle, bonjour! Comment puis-je vous aider?

(En passant, si jamais vous m'appelez à la maison, ça se peut que je réponde ça. À chaque job, j'acquière un nouveau réflexe pavlovien relié à la sonnerie du téléphone. Après ça les gens se demandent pourquoi j'ai pas de cellulaire. J'entends sonner suffisamment souvent entre 9 et 5!)

Client - Bonjour, je suis client chez vous.

Moi (tout en me disant que c'est rare que les non-clients appellent le service à la clientèle) - Oui?

Client - Je viens de recevoir une lettre de vous.

Moi (toujours patiente, mais en me disant que s'il me donne autant de détails à la fois on est pas sortis du bois, parce qu'on envoie quelques centaines de lettres par jour) - Oui?

Client - Il y a deux pages. La première, c'est mon certificat d'assurance.

Moi (qui ne sait toujours pas ce que le client peut vouloir) - C'est normal, on vient d'envoyer les preuves de renouvellement.

Client - Ah bon.

(Longue pause)

Client - Sur la deuxième page, c'est écrit "reçu". Est-ce que c'est mon reçu?

Je me repasse ce que je viens d'entendre. Est-ce que c'est une farce?

Moi (perplexe) - Oui, bien sûr.

Client (semblant sincèrement content de ma réponse) - Ah! Alors la feuille écrit "reçu", c'est mon reçu?

Moi (en grave danger de me mettre à rire dans les oreilles du client) - Oui!

Client (sur un ton soulagé) - Ah! Merci beaucoup madame.

Moi (avec de la misère à parler parce que je braille de rire) - De rien, bonne journée!

J'ai réussi à raccrocher avant d'éclater. Devant mon hilarité, mes collègues sont venues me poser des questions. Et elles ont dû convenir qu'on venait de détrôner le tapon du mois.

(Que ceux qui savent avec quelle clientèle je traite s'abstiennent de donner des détails dans les commentaires! Pour ceux qui savent pas... laissez-moi vous dire qu'il y a des gens qui poussent à s'interroger sur le sérieux de certains diplômes! O_o)

jeudi 16 mai 2013

Regarde-moi de Natasha Beaulieu

Je viens de terminer "Regarde-moi" de Natasha Beaulieu, acheté au Congrès Boréal. Et... je dois dire que le bouquin m'a laissée un peu perplexe.

C'était une lecture intéressante, y'a pas de doute. Je suis d'accord avec Ariane et Prospéryne : l'écriture est précise et les personnages sont forts. Leur système de pensée et de valeurs, surtout sexuelles, nous est bien décrit, parfaitement intégré au récit. L'influence du roman Crash! de Ballard et de toute la sous-culture associée se fait sentir, mais sous un aspect moins morbide que dans l'oeuvre originale. Et il faut saluer l'audace de Natasha, d'avoir écrit un roman où l'érotisme hors normes est le moteur et l'objet du récit (ainsi que l'audace d'Alire, qui l'a publié).

Mais...

Mais je sais pas pourquoi, mis à part les scènes entourant Hélèna et celles mettant Rachel et John en présence l'un de l'autre, l'ensemble m'a laissé une impression de distance. Comme si je voyais l'action plus que je ne la ressentais. Or, l'intérêt d'un roman érotique me semble justement de pouvoir partager les sentiments et sensations des personnages...

Manque d'ambiance dans l'écriture ou incapacité de la lectrice à se glisser dans la peau de gens ayant des fantasmes aussi différents des siens? Mystère.

En tout cas, une chose est sûre : c'est à mettre dans les mains des gens qui pensent que Fifty Shades of Grey, c'est ce qu'on peut faire de plus déviant et capoté! ;) Pis après ça, vous leur donnerez Amaranthe d'Ariane Gélinas (publié dans l'anthologie Agonies de la Maison des Viscères)! ;)

mercredi 15 mai 2013

Science-fiction, fantastique, fantasy et styles littéraires

On le sait tous, pour l'avoir entendu répéter ad nauseam, le principal reproche qui est fait aux littératures dites "de l'imaginaire" (science-fiction, fantastique, fantasy ou SFFF pour les intimes), c'est qu'elles ne sont pas de la "vraie" littérature, qu'elles manquent de sérieux et de style.

Or, s'il y a une chose que j'ai réalisé dernièrement, c'est qu'il est, à mon sens, beaucoup plus facile de faire des expérimentations stylistiques en SFFF qu'en littérature réaliste.

D'ailleurs, si je regarde les textes de SFFF que j'ai écrit, ce sont tous des exercices de style : avec Le Chasseur, je raconte une histoire sans faire de référence visuelle; dans Ce qui reste de l'ange, j'emprunte le point de vue d'un personnage qui vit plusieurs époques en même temps; L'enrouleur de temps est "montée" à l'envers, artifice expliqué par un machin technologique; dans La Maillarde, je reprends le ton oral des contes médiévaux... exercice poussé encore plus loin avec De dragonis gesta! Finalement, dans Trou noir de mémoire, que vous lirez bientôt, j'utilise la magie comme excuse pour un autre exercice stylistique...

Et je me souviens très bien que le premier livre dont j'ai remarqué le style, c'était Chroniques du pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg. En effet, dans ce monde où les hommes ont pratiquement disparu, le masculin ne l'emportait plus, grammaticalement, sur le féminin.

Évidemment, tous ces exercices de style seraient également possibles en littérature générale, mais ils seraient difficilement justifiables (le style du Pays des Mères prendrait soudain un aspect de féminisme un peu extrême). Cependant, puisque, en SFFF, on modifie déjà la réalité, il est très facile de tordre un peu la langue, ne serait-ce qu'au moyen de néologismes, pour lui faire refléter de nouveaux concepts, des ambiances exotiques, des sociétés étranges...

Et c'est un jeu dont je ne me lasse pas, autant comme lectrice que comme écrivaine! :)

mardi 14 mai 2013

Un couple de pirates...

Sur une note (vraiment beaucoup) plus légère qu'hier... On n'en a pas tellement parlé, mais le vendredi soir, au Congrès Boréal, deux pirates échappés d'un univers steam punk sont débarqués à la Mascarade, leur vaisseau volant s'étant retrouvé en panne sur le toit de l'hôtel...

Comment ça, plus de carburant?
Je sais pas, capitaine, c'est pas ma faute...

Je suis sûre que oui! Mais qu'à cela ne tienne, on va s'approvisionner par la force!

Vous là-bas! Videz vos poches! 

Arg! Et que ça saute!
Sinon, ça va faire mal!

Merci à Charles Mohapel d'avoir immortalisé ce moment. C'est un spectacle qu'on ne reverra sans doute pas de sitôt... ;)

Merci aussi à l'Ermite dont les historiettes-photos m'ont inspirée celle-ci! :)

lundi 13 mai 2013

Le même réflexe

Vickie Gendreau est décédée samedi. Je sais pas si vous vous souvenez d'elle. C'était la fille, 24 ans, ex-danseuse nue, qui, se découvrant atteinte d'une tumeur au cerveau inopérable, avait écrit un livre, "Testament" publié chez Le Quartanier. On en a beaucoup parlé l'an dernier.

Je ne la connais pas personnellement, je ne l'ai même pas encore lue. Pourtant, son histoire m'avait énormément touchée. Elle était née en 1989. Plus jeune que ma petite soeur. Une kid! Bon, vingt fois plus âgée que moi pour que ce qui était des expériences de vie... mais quand même! D'habitude, on ne se découvre pas condamnée à son âge. On l'est depuis son enfance si a eu le malheur de naître sous une mauvaise étoile et on a grandi avec l'ombre de la mort. Ou alors on va vivre encore une décennie ou deux avant que nos mauvaises habitudes nous rattrappent et nous achèvent.

Mais non, Vickie avait tiré le mauvais numéro. Du jour au lendemain, au milieu d'une vie qui semblait normale, la condamnation était tombée.

Alors, elle a fait quoi cette jeune femme?

Elle s'est lancée dans l'écriture à corps perdu. Elle a écrit un roman. Puis un deuxième, dont elle ne verra même pas la version imprimée.

En lisant son histoire, la première fois, je m'étais rappelé une scène. À l'hôpital, en 2010, j'attendais qu'on m'opère, qu'on arrête l'hémorragie interne causée par une grossesse ectopique. Vincent était avec moi, on avait peur tous les deux... Alors on a parlé des pires sujets possibles, comme pour les exorciser. De ce que je voulais qu'il décide si jamais les choses ne tournaient pas bien. Pas d'acharnement thérapeutique. Je te l'ai jamais dit, mais je voudrais être incinérée...

Et, surtout, surtout, arrange-toi pour terminer Hanaken.

En lisant son histoire, j'ai eu l'impression de comprendre Vickie comme j'ai rarement compris de gens dans ma vie. Parce que devant l'ombre de la mort, elle a eu le même réflexe que moi, celui de dire : "Emporte-moi s'il le faut, mais je veux laisser des mots derrière moi".

Tu as réussi, Vickie, on te lira encore longtemps.

vendredi 10 mai 2013

On parlait des détails historiques

On a parlé des détails historiques lors de la table ronde sur l'uchronie au Boréal (ainsi que de l'aspect pinailleur des historiens)...

J'viens de tomber sur un exemple malheureusement savoureux. Le genre qui fait dresser les cheveux sur ma tête d'historienne, mais que le lecteur moyen ne remarquera pas.

Je suis en train de lire la série "The Camulod Chronicles" de Jack Whyte (j'pense pas que ça ait été traduit pour le moment), une très intéressante réinterprétation de la légende arthurienne, qui ne se centre pas tellement sur Arthur (ni même sur Uther et Ygerne), mais raconte plutôt la fondation de Camelot et la préservation du savoir et de la civilisation romaine suite à l'abandon de l'Angleterre par l'Empire, au début du 5e siècle.

C'est franchement bien documenté et bien écrit. Le mélange de faits historiques et d'inventions est si savant que j'ai dû rechercher certains détails pour m'assurer de leur aspect fictif... ou, du moins, non prouvé.

Jusqu'à ce que je tombe sur une erreur horriblement grossière. Dans le cinquième tome de la série, le narrateur décrit un paysage agricole du nord de l'Angleterre. Et là, au milieu des plantes rustiques qui pouvaient plausiblement pousser à cet endroit au 5e siècle, il mentionne du maïs.

J'ai eu l'impression que le mot me sautait au visage. Au milieu d'un milliers de petits détails parfaitement rendus, c'est désormais celui-là que je retiens au sujet de la série. Pour ceux qui sauraient pas, je vous informe que même si le maïs est désormais une figure commune dans les champts irlandais et britanniques, il n'a pas été introduit en Europe avant le 16e siècle. Parce qu'il vient d'Amérique.

Oups! Y'a quelqu'un qui l'a échappée celle-là. Heureusement, je suis sevrée depuis suffisamment longtemps de l'ambiance universitaire pour pouvoir continuer à lire (et à apprécier) un roman historique qui contient une erreur semblable.

Mais non, ça n'a pas toujours été le cas! ;)

jeudi 9 mai 2013

Tu sais que (10)

Tu sais que tu as passé la fin semaine au Boréal quand ton horaire de la semaine suivante se retrouve soudain chargé de tâches ménagères du genre : éliminer la pile de vaisselle sale avant qu'elle ne s'écroule, nettoyer la salle de bain avant qu'elle ne développe des bactéries mutantes, passer l'aspirateur avant que les acariens ne s'organisent en république...

Tu sais que tu reviens au Boréal quand tu as soudain huit fois plus de nouveaux projets en tête, mais huit fois moins de temps de temps pour les réaliser (tâches ménagères obligent).

Et, finalement, tu sais que tu es allée au Boréal quand tu constates sur ton blogue un phénomène en passe de devenir habituel, c'est-à-dire le type qui était au Boréal, qui débarque sur le blogue sans en connaître le ton général, qui lit mon compte-rendu et qui, plus ou moins anonymement, me fait la leçon. Comme c'est un comportement que j'accueille plutôt froidement (avertissement : ceci est un euphémisme), d'habitude ils ne repassent pas.

Heureusement, y'a aussi du monde sympathique qui s'ajoute parmi les lecteurs réguliers! :)