lundi 26 juin 2017

Lexique du monde littéraire

À l'usage des néophytes, voici un petit lexique du monde littéraire. Quand un écrivain dit les phrases suivantes, ce qu'il veut vraiment dire, c'est...

Je suis en phase de recherche = Je me livre à un peu de procrastination légale.

Mon intrigue est bloquée = Je devrais me faire des plans mais je m'y refuse.

J'aurais besoin de faire de la recherche sur le terrain = J'suis dû pour des vacances.

J'haïs pas la page couverture finalement = Je la déteste purement et simplement.

C'est pour un futur roman = Je suis juste curieux.

Je débranche Facebook pour quelques jours afin d'écrire = Je vais découvrir Instagram et Snapchat.

Mes personnages font ce qu'ils veulent = Il me faut soit un plan, soit un psy.

Je manque de concentration ce matin = Je n'ai pas encore pris assez de café ou de thé.

J'ai écrit 10 000 mots aujourd'hui = Au secours, Gen planifie mon assassinat!

En avez-vous d'autres à suggérer? ;)

vendredi 23 juin 2017

Les temps changent

Aux dix-huitième, dix-neuvième et même au début du vingtième siècle, la personne qui se laissait aller à boire en compagnie d'inconnus courrait le risque de découvrir, le lendemain matin, qu'elle s'était enrôlée dans l'armée ou sur un navire marchant et venait de perdre le contrôle de sa prochaine année de vie (ou plus, hein, parce que la mortalité dans ces boulots-là était élevée).

De nos jours, après une soirée de Boréal légèrement arrosée en compagnie d'Alain Ducharme, vous pourriez vous découvrir en charge de la programmation du prochain congrès et perdre le contrôle de votre prochaine année de vie.

Heureusement, on me dit que le taux de mortalité est négligeable. :p

Profitez bien de la St-Jean!

Mais buvez prudemment!

mercredi 21 juin 2017

Meuhnon, y'a pas de recul

J'ai souvent dit (et encore plus souvent pensé) que la génération qui suit la mienne (disons ceux nés après 1990) sont plus "genrés" que les gens de mon âge. C'est sans doute la génération qui gueule le plus fort au sujet de la culture du viol, de l'égalité des sexes et tout le tintouin, mais en même temps, ce sont les femmes les moins à l'aise avec leur corps que j'ai vues, toujours préoccupées par leur image, par le jugement des autres, gênées de sacrer une bonne gifle (verbale ou réelle) au malotru qui se permet de leur pogner une fesse, rouges tomates lorsqu'elles doivent demander une serviette sanitaire à une collègue.

Plusieurs personnes m'ont dit que, meuhnon, je me faisais des idées. Que les filles de ma génération étaient juste tellement habituées au sexisme ambiant qu'elles ne le remarquaient pas.

Ah bon. Pourtant, j'ai pas l'impression d'avoir grandi avec beaucoup de sexisme. Petite fille, je lisais des bandes dessinées (créées dans les années 1970) de Yoko Tsuno et Valérian et Laureline (série qui s'appelait juste Valérian à l'époque, mais je l'avais même pas remarqué, parce que Laureline bottait des culs autant sinon plus que le héros éponyme! d'ailleurs, la série a été rebaptisée en 2007). Ces bandes dessinées mettaient en scène des filles à la fois féminines et badass, qui savaient user de charme et d'astuce autant que de force.

D'accord, d'un point de vue mathématique, il n'y avait pas encore énormément de personnages féminins dans les produits culturels. Cependant, ceux qui existaient déplaçaient de l'air. Et personne ne m'ayant dit que je n'avais pas le droit de m'identifier à un personnage masculin (après tout, je portais quasiment le même linge et j'avais les mêmes jouets que mes amis-pas-de-e), les héros masculins des autres bandes dessinées ne me posaient pas problème. Dans ma tête, je pouvais très bien taper sur des Romains en compagnie d'Astérix ou découvrir l'Ouest avec Lucky Luke.

En grandissant, je suis tombées sur les romans d'Élisabeth Vonarburg, d'Ursula Le Guin, de Marion Zimmer Bradley... et voilà, mon éducation aux genres (dans le sens féminin ou masculin, quoique dans le sens littéraire aussi) était faite. À un point où mon chum, quand on a commencé à sortir ensemble, a dû me ramener vers des positions plus égalitaristes et moins axées sur la supériorité féminine.

Valérian et Laureline vient d'être adapté au cinéma. Sous le titre Valérian.

Meuhnon, y'a pas de recul.

À quand "Vic et Pol", avec Yoko Tsuno comme personnage secondaire?

lundi 19 juin 2017

L'instant présent et le travail autonome

Avant d'essayer de vivre de ma plume (ou, enfin, d'avoir uniquement l'écriture comme revenu), j'avais encore une vision un peu bucolique de la vie d'écrivain.

Certes, je savais que je ne passerais pas mes journées à écrire en sirotant du café et du thé.

Je savais que je devrais aussi me livrer à beaucoup de recherches, accomplir une montagne de tâches ménagères (parce que je n'arrive pas à dresser mon linge pour qu'il se lave tout seul), m'entraîner, sortir pour donner des conférences, des ateliers, des animations, participer à des salons du livre ou des congrès, rédiger des textes de non fiction pour divers clients...

Mais je crois que je n'avais pas mesuré à quel point je serais continuellement en train de me projeter dans le futur! Qu'il me serait normal, en cette fin de juin, de jongler avec mon horaire du mois d'octobre prochain pour donner à deux écoles différentes des disponibilités pour des animations qui n'entrent en conflit ni entre elles, ni avec les jours de garderie de ma puce et/ou la disponibilité d'une éventuelle gardienne. Le tout, en sachant qu'il est bien possible, une fois septembre venu, que ces animations tombent à l'eau si le prof a changé de poste ou si la direction a changé d'idée ou si la commission scolaire n'obtient pas la subvention.

Qu'il m'arriverait, lors d'une semaine particulièrement chargée de juin (la semaine passée) de devoir terminer la lecture de deux services de presse, de trois romans pour un jury et du manuscrit d'une amie, tout en m'occupant de ma puce, donnant une animation scolaire et rencontrant un directeur littéraire. Tout ça, parce que je n'avais pas vraiment réalisé, en acceptant les divers projets, que toutes les dates de tombée surviendraient quasiment en même temps.

Ouf!

Les salariés qui ont le luxe de ne pas planifier plus loin que la fin de semaine suivante ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent vivre dans le présent! :p

lundi 12 juin 2017

Pause et avance rapide

Blogue en pause pour la semaine, parce que ma vie semble sur "avance rapide" pis je sais plus où me garrocher.

Profitez de la pause pour participer à la prévente des Six Brumes si c'est pas déjà fait. (En passant, Jean Pettigrew, l'éditeur de Alire, fera la préface du manuel "Écrire et publier au Québec". Mettons qu'Isa, Carl et moi somme plus que ravis de voir que notre projet s'est mérité l'approbation d'un homme qui travaille depuis des décennies à créer un milieu dynamique pour les littératures de genre au Québec!)

Profitez-en aussi pour lire le feuilleton steampunk de Christian Sauvé, Pax Victoriana, sur la République du Centaure. Ça vaut le détour! (Enfin un auteur de steampunk qui a compris qu'on ne peut pas représenter l'époque victorienne si on essaie de gommer les classes sociales et les autres clivages sociaux-économiques si importants à l'époque!)

vendredi 9 juin 2017

Tranche de vie (19)

Ma fille est à une époque de sa vie où son âge et ses capacités cognitives semblent varier du tout au tout en l'espace de cinq minutes.

Par exemple, ce matin, après s'être assise toute seule sur son siège rehausseur, elle m'a dit :

Elle - Maman, je voudrais des céréales s'il-vous-plaît.

Moi - Bien sûr ma puce.

Je commence à préparer le bol de céréales, tandis qu'elle énumère, en pointant un doigt différent à chaque élément qu'elle mentionne :

Elle - Avec du lait, des céréales carrées, des raisins secs...

Et soudain, sans transition :

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAHHHH!

Je me retourne brusquement en direction du hurlement. Ma fille est rouge tomate et continue de crier. De grosses larmes coulent sur ses joues.

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH!

Je me précipite vers elle.

Moi - As-tu bobo ma puce? T'es-tu mordue? Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi tu cries?

Elle - WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH!

Moi - Dis-moi ce qui se passe, sinon je peux pas t'aider. Utilise tes mots, ma chouette.

Elle- LAAAAAAAAAAAAAIIIIIT!

Ah, je commence enfin à comprendre ce qui se passe.

Moi - Tu veux du lait?

Elle - OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!

Moi - Est-ce que tu peux le demander poliment sans crier?

Elle - WAAAAAaahh... *snif, snif* Du lait s'il-vous-plaît maman.

Y'a pas à dire, ça met de l'action dans une matinée! O.o

mercredi 7 juin 2017

Carpe diem, fleurs de cerisier, YOLO et autre zen

Quand, dans une animation scolaire portant sur la série Hanaken, on me demande ce qui m'a tant attirée dans la culture japonaise, je suis toujours un peu embêtée, car la réponse est triple :

Petite fille, ce sont les magnifiques kimonos qui me faisaient baver d'envie.

Adolescente, les arts martiaux et le concept de pouvoir me défendre moi-même m'a séduite.

Mais maintenant que je suis adulte, c'est plutôt la philosophie, l'art de vivre des samouraïs qui me touche profondément.

(Notons ici que dans tous les cas, ma passion pour le Japon est ressentie principalement envers leur civilisation ancienne. Le Japon moderne a ses bons côtés, mais sa société est plutôt aliénante.)

J'aime le fait que les samouraïs, en tant que groupe sinon en tant qu'individu, savaient que leur vie était aussi fragile qu'une fleur de cerisier. Ils ne se le cachaient pas, ne jouaient pas à cache-cache avec la mort. Ils regardaient en face la menace du trépas et vivaient chaque jour en sachant qu'il pouvait s'agir du dernier.

Il y a une nuance importante à saisir ici. De nos jours, on voit plusieurs personnes, sous prétexte de YOLO (You live only once) vivre comme s'il n'y avait pas de lendemain, pas de conséquence à l'endettement et aux excès en tout genre.

Les samouraïs ne vivaient pas chaque jour comme si c'était le dernier. Ils vivaient chaque jour comme s'il pouvait être le dernier. La possibilité de demain, de l'an prochain ou même du vieil âge n'était pas oubliée, mais leur philosophie les poussait à profiter de chaque instant, de chaque petit bonheur, au cas où il n'y en aurait plus d'autres. Leur quotidien étaient tissé de courts instants de contemplation.

En cela, ils se rapprochent des anciens Romains et de leur "carpe diem, quam minima credulum postero" (qu'on traduit souvent en français comme "saisis l'instant présent sans croire au lendemain", mais qui serait mieux traduit par "saisis le jour présent et fais une confiance minimale au futur"). Tiens donc, la civilisation romaine, mon autre passion historique!

Quand j'explique mes raisons philosophiques aux adolescents, ils me regardent souvent avec des grands yeux confus. Ils sont à l'âge où ils vivent naturellement le moment présent avec intensité. J'espère juste que certains d'entre eux retiendront mes paroles et que, plus tard, quand la course folle de la vie menacera de les emporter dans le tourbillon où on passe la journée à attendre les pauses, la semaine à attendre la fin de semaine, l'année à attendre les vacances, la jeunesse à attendre l'âge adulte et la vie adulte à planifier la retraite, ils se souviendront de l'auteure bizarre qui est venue leur parler un jour.

Et qui leur a raconté que, des fois, c'était important de s'arrêter pendant une minute, de prendre conscience d'un moment agréable (fut-il une première gorgée de café chaud, l'accolade d'une personne qu'on aime ou le parfum des fleurs), d'un coup que ce soit le dernier.

lundi 5 juin 2017

Retour sur mes réflexions mode (3)

Jusqu'à ce que je devienne prof au secondaire (et donc que je passe 8 heures par jour debout dans des souliers de "madame"), mes achats de souliers "propres" s'étaient toujours effectués de la manière suivante :

Étape 1 : Constater que mes souliers étaient vraiment pu regardables, même après un bon cirage.

Étape 2 : Trouver un modèle semblable à celui que j'avais déjà, au plus bas prix possible, et l'acheter.

Cette méthode a connu un renouveau le jour où, après avoir fini une journée d'enseignement en boitant, une collègue m'a expliqué que dans le domaine de la godasse, cheap voulait toujours dire moins confortable. Que ça ne valait pas la peine de payer un millier de dollars pour des chaussures, mais qu'une couple de centaines, investis dans une bonne marque comme Hush Puppies, Clarks ou Ecco, feraient une immense différence.

Hum... À ce moment-là, les seuls souliers que j'acceptais de payer plus que cinquante dollars, c'étaient mes espadrilles. Qui, tiens donc, étaient aussi mes seuls souliers qui ne me faisaient jamais mal aux pieds. Mais je n'avais pas le droit de les porter pour enseigner (maudit code vestimentaire!).

Forte des conseils de ma collègue, et de mon salaire de prof, je m'étais donc acheté rapidement une paire de sandales à talon haut Hush Puppies et des ballerines Ecco.

Les Hush Puppies ont rendu l'âme l'été dernier, à mon grand regret, après neuf ans de loyaux services. Les ballerines me servent encore fidèlement.

J'ai retenu la leçon. À présent, je n'hésite plus à payer un peu cher pour mes souliers. Après tout, je sais que cela leur assure qualité, confort et durabilité.

Enfin, la plupart du temps. Parce qu'on peut aussi tomber sur une marque réputée pour son nom, par un effet de mode.

C'est ce qui m'est arrivée l'an dernier. Je me suis achetée des bottillons à talons hauts Steve Madden, séduite par leur apparence classique (qui se marie très bien à ma garde-robe "capsule") et leur cuir de qualité... Ben aujourd'hui mes orteils, couverts d'ampoules, vous font dire que ce sont des souliers faits pour être regardés, pas pour marcher!!!

Maudite mode!

Le pire : j'ai pas vraiment le budget pour les remplacer... mais croyez-moi, au premier chèque inattendu qui rentre, ils vont prendre le bord!

vendredi 2 juin 2017

Certains écrivains se piègent-ils eux-mêmes?

Ma démarche artistique est centrée sur le conflit.

Le conflit d'un personnage avec un autre.

D'une communauté avec une autre.

D'un personnage avec lui-même.

Quand j'ai une idée d'histoire, je cherche où est le potentiel conflictuel dans mon idée et, voilà, je suis lancée!

Les conflits peuvent se résoudre de plusieurs façons : affrontement, négociation, compromission, abdication...

Bref, j'ai l'impression que je tiens une source d'inspiration assez riche. Parce que tous les types de personnage, dans tous les genres de récit, à toutes les époques peuvent tôt ou tard entrer en conflit. (Et s'ils ne le peuvent pas, ça constitue un conflit entre les attentes d'un lecteur au sujet de la nature humaine et l'univers du récit! :)

Mais dernièrement, je lis certains auteurs et je m'interroge... Est-ce que je suis simplement chanceuse d'avoir le cerveau qui s'illumine grâce à un thème aussi large que le conflit?

Parce que ces temps-ci (remarquez, j'suis ptêt juste pas chanceuse), il me semble que certains des mes auteurs préférés, des gens pourtant très talentueux (non, je ne les nommerai pas et non, c'est pas juste des Québécois), semblent tourner en rond. Leur nouveau roman contient le même genre de personnage que leur roman précédent, la même ambiance, quasiment la même structure narrative... Quand il s'agit d'une série de romans, passe encore (quoiqu'un moment donné je me tanne, car je ne suis pas imperméable aux clichés), mais quand on tente de nous faire croire qu'il s'agit d'un nouveau personnage, dans un nouvel univers, mais qu'au fond c'est la même histoire, là je décroche.

Cette semaine, au moment de refermer un livre terminé de peine et de misère, juste avant de me jurer de ne pas relire une histoire de cet auteur avant au moins 10 ans, j'ai eu un moment de doute.

Et si ces auteurs, que j'ai longtemps eu le réflexe de soupçonner de paresse, étaient piégés dans leur démarche artistique? Obligés d'écrire ce genre d'histoire, parce que c'est tout ce qui leur vient à l'esprit, tout ce qui leur met le feu aux neurones?

Est-ce que vous pensez que c'est possible? Que certains écrivains peuvent se piéger eux-mêmes dans leur source d'inspiration et leur démarche artistique? Qu'ils se retrouvent capable d'introduire des nuances dans leurs histoires, mais jamais de vrai renouvellement? Ou alors ils se copient volontairement eux-mêmes, persuadés d'avoir trouvé le bon filon? (Et en ignorant que le propre des filons, c'est de s'épuiser un jour ou l'autre?)

mercredi 31 mai 2017

Prendre le problème par le mauvais bout

Vous vous souvenez peut-être de cet éditorial d'Élisabeth Vonarburg sur la République du Centaure et des débats qui ont suivi (il y en a une partie dans les commentaires, les autres se sont échangés de vive voix ou par blogues interposés).

La position d'Élisabeth, à savoir que les œuvres de science-fiction contemporaines et originales étaient boudées par le jury du Jacques-Brossard parce que celui-ci n'était pas assez spécialisé et donc incapable de bien en comprendre les codes de la SF, me posait un problème.

Premièrement, je trouvais que c'était un brin condescendant envers les capacités de lecture et la culture littéraire desdits jurés.

Deuxièmement, je pense qu'une bonne œuvre de science-fiction, même si elle s'est construite sur un long héritage, peut (et doit) s'apprécier en elle-même. Donc la spécialisation du lecteur n'est pas nécessaire (à condition, évidemment, qu'il apprécie les œuvres de "genre", mais on sélectionne déjà le jury en ce sens).

J'ai personnellement l'impression que le problème avec les jurys n'est pas qu'ils ne comprennent pas les codes de la SF ou ne connaissent pas leurs classiques. Le problème, c'est que plusieurs membres, à l'image de la population en générale, ne sont pas insultés par la présence de clichés.

Donc, entre une œuvre très originale un peu lourde et une œuvre un peu clichée, mais très bien écrite, ils vont préférer cette dernière.

Est-ce l'influence de la télévision et des films (où on nous gave de séries, reboot, remake et autres suites) qui rend les clichés plus familiers et moins insultants? Est-ce parce que les lecteurs plus jeunes sont plus sensibles au style et recherchent moins le novum? Est-ce en lien avec l'absence d'innovation technologique importante dans les deux dernières décennies? (Si vous y réfléchissez bien, votre téléphone intelligent est un ordinateur hyper portable et rapide, d'accord, mais il a les mêmes capacités que les ordinateurs qui existent depuis la fin des années 90!) Peut-être leur a-t-on trop souvent répété "Tout a été écrit"?

Mystère!

Mais reste que j'ai l'impression qu'en mettant la SF à part, en insistant sur sa difficulté, on prend le problème par le mauvais bout. Les jurés n'écartent pas certaines œuvres de SF parce qu'ils ne les comprennent pas, mais plutôt parce qu'ils n'en perçoivent pas l'originalité et/ou n'y accordent pas beaucoup d'importance.

Et vous, dans quelle mesure accordez-vous de l'importance à l'originalité de vos lectures? Est-ce différent quand c'est une oeuvre de SF?

lundi 29 mai 2017

Tranche de vie (18)

Tout en mangeant son repas, ma puce contemple notre balcon arrière, qu'on voit très bien à travers la porte-patio. Soudain, elle pointe le doigt.

Puce - Regarde maman! Y'a plein d'étoiles d'araignées!

Je suis la direction indiquée. En effet, des arachniques industrieuses ont tendu d'énormes toiles entre les barreaux de la rambarde.

Dialogue intérieur 1 : Awwwwhhhh, des étoiles d'araignées! Tellement cute comme mot d'enfant! En plus, c'est vrai que les toiles ont un peu une forme d'étoile.

Dialogue intérieur 2 : Merde, ça veut dire que mon balcon grouille d'araignées. Beurk, je déteste ces bibittes-là depuis le jour où y'en a une grosse qui s'est prise dans mes cheveux. Je ne sors plus de l'été!

Puce - On peut aller les voir tantôt?

Dialogue intérieur 3 : Misère! Bon, j'veux pas qu'elle soit aussi peureuse que moi plus tard, alors j'vais bien m'attacher les cheveux, mettre des vêtements couvrant, parce qu'à la seule pensée de pattes d'araignée sur ma peau nue je veux hurler, pis on ira.

Moi - Bien sûr ma chérie.

Qu'est-ce qu'on ferait pas pour nos enfants, hein?

Constatation après la sortie d'observation des araignées : ma fille aime les araignées parce qu'elle a compris que les araignées mangent les mouches.

Et elle a une peur bleue des mouches!

O.o

(Quand y'a des gens qui me demandent ce qu'être maman m'apporte en tant qu'écrivaine, cette anecdote est un bon exemple : avant d'avoir ma fille, je n'aurais jamais pensé qu'un enfant pouvait avoir peur des mouches... mais adorer faire semblant d'être poursuivie par un monstre!)

vendredi 26 mai 2017

Scène de bureau (42)

Je viens de passer deux grosses journées à rédiger une communication interne pour un organisme qui comprend le mot "du Québec" dans son nom (j'vous en dit pas plus : mes clients corporatifs ont droit à leur anonymat). C'était un contrat pas facile, parce qu'il fallait être à la fois informatif et léger, mais je pense m'en être bien acquittée. En tout cas, c'est ce que me dit ma cliente par courriel, avant d'insister pour qu'on se parle au téléphone...

Cliente, au bout du fil - C'est super le texte! C'est clair et j'ai ri!

Moi - Merci!

Cliente - Y'aurait juste deux ou trois petites choses à changer.

Moi - Bien sûr, dis-moi.

Cliente - Vois-tu, on a engagé une correctrice pour toutes nos communications à grand tirage. C'est tout nouveau. Elle est avec moi en ce moment, je te mets sur les haut-parleurs. Elle s'appelle Réviseure, dis-lui salut!

Dialogue intérieur : Oh oh. Il y a réviseur et réviseur. Quelle genre de bibitte ont-ils engagé?

Moi - C'est une bonne idée ça, d'engager une pro pour la correction. Salut Réviseure!

Réviseure, d'une voix lointaine - Salut!

Cliente - Elle nous suggère quelques corrections dans ton texte.

Moi - Pas de problème, lesquelles?

Cliente, d'un ton trop mesuré pour être totalement honnête - Quelques coquilles et fautes d'accord et puis... Ben elle voudrait que tu enlèves deux anglicismes.

Moi - Ah? J'en ai mis? Ça se peut, hein, ça se glisse partout. C'est quoi?

Cliente, après s'être raclé la gorge- Fin de semaine et per diem.

Moi, m'étouffant presque de rire - Pardon?

Cliente, peu à peu gagnée par mon hilarité - Fin de semaine et per diem seraient des angli... Ok, non, je ne peux même pas prononcer cette phrase-là. Désolée, Réviseure. On est les Trucs Muches du Québec après tout.

Réviseure, d'une voix lointaine - Oui, mais non, mais weekend et allocation journalière sont...

Je me peux pu tellement je ris. Pauvre réviseure ne sait pas que sa nouvelle patronne a un parti pris pour la langue d'usage.

Moi, les larmes aux yeux - Alors, vous voulez que je fasse les corrections?

Dans un roman, je refuserais catégoriquement, mais pour un texte corporatif qui ne portera même pas mon nom, pourquoi pas?

Cliente - Non, j'voulais juste que Réviseure ait ta réaction en direct. On va s'arranger!

Moi - Bonne fin de journée à toutes les deux! Bon courage, Réviseure!

Désavantage du travail à la maison : j'aurais aimé voir la tête de la pauvre fille.

Avantage : j'aurais ptêt pas ri autant si je l'avais eue en face de moi. Là j'ai rigolé toute seule pendant le reste de la journée. (Pis après je suis tombée sur un statut Facebouette de L'Insolente Linguiste qui riait de la même affaire! Soit c'est de la synchronicité, soit elle connaît Réviseure!)

mercredi 24 mai 2017

La maladie mentale, c'est pas fantastique

Voilà deux livres que je lis et qui se réclament d'une étiquette "fantastique".

Or, après les avoir refermés, je dois constater que cette étiquette est fausse. Il n'y a pas de fantastique dans ces histoires. Tous les éléments étranges ou hors de l'ordinaire s'expliquent par la maladie mentale d'un personnage, qui fausse ses perceptions.

Et on est pas dans certaines (excellentes) histoires d'Ariane Gélinas (ou de Lovecraft ou d'autres) mettant en scène un personnage déjà fragile qui dérape complètement quand un élément surnaturel survient. Non, dans ces romans, pour tous les gens entourant le personnage malade, rien de fantastique n'arrive. Ils ne voient qu'un malade, manipulé par ses visions, ses illusions, ses tourments. L'auteur prend la peine d'écrire quelques chapitres finaux pour nous le confirmer : tout s'est passé dans la tête du personnage.

Je trouve ça infiniment triste comme situation.

Triste en tant que lectrice de fantastique qui se fait spolier en découvrant, à la fin d'un bon roman, que tous les éléments intéressants n'existaient pas. (C'est la version "psychiatrique" de la chute "ce n'était qu'un rêve" qu'on déteste tous passionnément).

Mais triste aussi en tant que personne qui a vu de près des cas de maladie mentale. La maladie mentale, c'est pas fantastique. C'est pas du fantastique.

C'est réel.

Alors si vous ne l'utilisez pas dans le cadre d'une vraie histoire de genre, mettez-la donc dans le bon rayon et sous la bonne étiquette!

...

Bon, cette montée de lait ayant été faite, je vous signale qu'un petit bonus vient de s'ajouter pour les participants de la prévente des Six Brumes : au cours de l'année 2017, vous aurez droit en exclusivité à l'une de mes nouvelles inédites.

Il s'agit d'un texte de fantasy humoristique, un genre d'hommage à Terry Pratchett décédé cette année-là, qui a vu le jour en atelier. La consigne était de prendre notre histoire et de changer l'une des caractéristiques principales du personne central. Un homme devenait femme, un vieux devenait jeune et mon épée intelligente devenait... Bah, participez à la prévente et vous verrez bien! ;)

vendredi 19 mai 2017

Prévente 2017 - Le Cirque des Monstres déploie son chapiteau!

La prévente 2017 des Six Brumes bat son plein. Déjà, les premiers objectifs sont atteints : les livres pourront être imprimés (hourra!) et Horrificorama sera même illustré et doté d'une préface par Patrick Sénécal (youpi!).

À partir de maintenant, chaque dollar récolté durant la prévente participera à la stabilité financière des Six Brumes (yeah!), au paiement des auteurs (joie!) et à l'obtention de quelques bonis pour les participants (c'est à votre tour de vous exclamer, parce que je manque d'interjection là!), notamment des affichettes tirées des couvertures des livres.

Si vous voulez un avant-goût d'Horrificorama, des extraits des textes ont été publiés ici par les Six Brumes (avertissement : je m'abstiendrais de les lire en mangeant...)

Isa, quant à elle, nous jase sur son blogue de la genèse du projet Écrire et publier au Québec. Ainsi que de la genèse d'Horrificorama. (Si 2017 a été l'année où je sortais de ma zone de confort, ça a aussi été l'année où les projets d'Isa voyaient le jour!)

Et il paraît que la République du Centaure fera une annonce me concernant au début de la semaine prochaine. Je ne vous en dit pas plus, mais je vous invite à aller lire la première partie du feuilleton steampunk de Christian Sauvé. Ça n'a pas de rapport avec moi, mais ça promet!

Si ce que vous découvrez avec tous ces liens vous enchante et/ou vous intrigue, n'oubliez pas de contribuer à la prévente!

Ces beaux projets carburent à la passion, mais cette devise n'est pas encore acceptée dans les épiceries! (c'est pas faute d'avoir essayé...) :p

mercredi 17 mai 2017

Parlons d'appropriation culturelle

Au Boréal, les mots "appropriation culturelle" ont été prononcés comme ça, en passant, au détour d'une table-ronde, mais la question est rapidement devenue "Peut-on écrire au sujet d'autres cultures que la nôtre?"

Question qui a évidemment reçue un "oui" unanime. Aucun auteur (surtout pas un auteur de SFF) ne veut limiter son imaginaire à sa réalité de Blanc francophone éduqué vivant au 21e siècle!

La semaine suivante, une "bombe" portant sur le même sujet a explosé dans le milieu littéraire canadien-anglais. Dans un numéro spécial d'une revue, numéro portant sur les auteurs autochones, l'éditeur a nié l'existence du problème de "l'appropriation culturelle", disant qu'écrire au sujet des autres cultures, ça devrait se mériter un prix. Qu'on devrait inventer le "Prix de l'appropriation culturelle".

Hum... Parlez-moi d'un éditeur qui aurait dû demander à quelqu'un de l'éditer! Il a dû remettre sa démission.

Pourquoi? Parce que, comme nous l'avons un peu fait au Boréal, il a mélangé deux problèmes.

L'appropriation culturelle, ce n'est pas le fait pour un auteur X appartenant à une culture Y d'écrire au sujet d'une culture Z. Ça, c'est un "emprunt culturel" ou, tout simplement, de la liberté artistique et de l'ouverture aux autres.

L'appropriation culturelle, c'est quand l'auteur X provient d'une culture Y qui a colonisé, dominé et écrasé la culture Z et que, dans son oeuvre, l'auteur X emprunte des éléments à la culture Z en les caricaturant, les dénaturant, en niant leur provenance ou en méprisant leur culture originale.

Donc...

Un Québécois qui, après des recherches minutieuses, écrit une histoire d'un Indien qui immigre à Montréal pour enseigner le yoga et ouvrir un resto de poutine, en un genre de Mange, prie, aime inversé = pas de problème. (Le Québec n'a jamais colonisé l'Inde).

Une Québécoise qui, après des recherches minutieuses, écrit une série de roman sur la réalité des adolescents au Japon en l'an 1550 = pas de problème non plus (et même un prix remis par l'ambassade du Japon... mais d'où est-ce que je tire cet exemple, hein? ;)

Un Québécois qui, sans trop faire de recherches, écrit l'histoire d'un Amérindien ivrogne qui s'arrange pour exploiter le système gouvernemental et porte des plumes pour aller à l'épicerie = gros problème (cliché réducteur et méprisant, par un descendant des oppresseurs originaux).

Et un Québécois qui, après des recherches minutieuses, écrit l'histoire d'une jeune Amérindienne qui, surmontant les problèmes sociaux vécus sur sa réserve, s'installe à Montréal pour étudier et devenir enquêteuse de la SQ = ... euh...

Voyez-vous, c'est avec ce troisième exemple qu'on touche au côté épineux de la notion d'appropriation culturelle. Personnellement, je n'y verrais pas de problème et, même, pour peu que le roman soit bien fait dans ce sens, j'aurais tendance à saluer l'intention de l'auteur de mettre en lumière la réalité difficile des Amérindiens et de s'éloigner des clichés les concernant. Cependant, certains chantre de l'appropriation culturelle pourraient lui en vouloir en disant qu'il parle à la place d'une minorité historiquement muselée ou qu'il exploite leur misère et leur histoire et leur culture pour faire de l'argent (enfin, dans la mesure où l'écrivain fait de l'argent...).

Je comprends en partie la critique, mais en même temps, elle me semble faire fi d'une tendance en sociologie des médias (observée autour de la montée d'Obama en politique) : le fait qu'en donnant de la place à un groupe social dans des fictions, on finit par habituer le public à leur présence dans la réalité. Donc, plus on dépeint avec respect et positivisme un groupe social victimisé et dévalorisé, plus on a des chances de l'aider à améliorer son sort. On ne serait donc pas en train de prendre la place de quelqu'un et de l'empêcher de parler, mais plutôt de lui tendre la main pour qu'il monte sur l'estrade et prenne le micro... (Je ne sais pas pour vous, mais moi quand je lis des nouvelles horribles et déprimantes et peu diffusées, j'ai tendance à penser "Je devrais écrire un roman là-dessus pour attirer l'attention des gens").

Toutefois, ce n'est pas toujours perçu ainsi. Et certaines communautés se méfient des mains tendues. En fait, même mon premier exemple, celui avec l'Indien, pourrait être mal perçu par certaines personnes, car si les Québécois n'ont pas exploité l'Inde, les Blancs l'ont fait, l'Occident l'a fait...

Personnellement, je ne sais pas trop où je me situe dans cette zone grise et épineuse. Je comprends que certains créateurs issus de communautés culturelles pourraient prendre ombrage d'un roman de ma plume qui parlerait de leur culture si mes écrits recevaient plus d'attention que les leurs (on est tellement dans l'hypothétique ici que c'est quasiment de la SF!). Cela dit, je ne pense pas que je doive, parce que je suis une hétérosexuelle Blanche occidentale cisgenre de classe moyenne m'empêcher d'explorer d'autres réalités que la mienne (si je ne peux pas donner une voix à ceux qui n'en ont pas, ça me donne quoi d'être éduquée et privilégiée?!?) Je pense que l'important c'est toutefois, lorsqu'on met en scène des cultures qui ne sont pas la nôtre, de se documenter le mieux possible et de faire preuve de respect.

Oh et de ne pas nier l'existence de l'appropriation culturelle et de l'insulte ressentie par certaines personnes! En cas de problème, on s'excuse, on demande ce qu'on a écrit d'inexact et on rectifie le tir la prochaine fois!

Enfin, c'est la voie que je me propose de suivre. Et vous, connaissiez-vous ce phénomène d'appropriation culturelle? Si non, il y avait un article dans La Presse hier qui résume l'affaire canadienne-anglaise et les différents concepts. Qu'est-ce que vous en pensez? Est-ce que ça remet vos écrits en question? Est-ce que, dorénavant, vous hésiterez à vous inspirer d'une mythologie étrangère ou d'une culture peu connue pour nourrir vos imaginaires?

lundi 15 mai 2017

Ma mère était...

En ces lendemains de fête des mères, je vois beaucoup de statuts Facebook et de billets de blogue où les gens écrivent des lettres d'amour à leurs mères. Vantent leurs mérites, leurs sacrifices, leur amour inconditionnel.

Chaque fois, j'ai un malaise. Parce que je ne pourrais pas écrire ce genre de texte. En partie parce que ma mère n'est plus là pour les lire. Mais en partie parce que je ne reconnais pas ma mère dans ces portraits.

Ma mère était une femme magnifique. Preuve à l'appui :

Photo prise en février 2007, lors de mon mariage. Elle avait 51 ans. 

C'était une vraie rousse, avec la peau de lait qui va avec. Elle était grande, avec un petit buste, le nez long et droit, ainsi que de magnifique yeux noirs qui contrastaient avec son teint pâle. Si je devais la décrire en un seul mot, ce serait "racée", élégante.

Et pourtant, elle se détestait.

Je ne me souviens pas d'elle autrement que mince, mais elle ne l'était jamais assez à son goût. Alors elle s'imposait une interminable série de régimes et d'exercice, puis se regardait dans le miroir en soupirant de découragement, les mains sur sa petite bedaine basse qui ne voulait pas disparaître. Elle s'est payée une liposuccion parce que sa culotte de cheval la dérangeait encore plus que sa bedaine. Après, elle n'était toujours pas satisfaite de sa silhouette, trouvant que la disparition de son surplus de cuisse faisait ressortir ses hanches trop larges.

En voyant la photo ci-dessus, elle s'était plainte de ses dents croches et jaunes. De ses rides.

Elle était toujours malheureuse. Ne se sentait jamais assez belle, assez instruite, assez performante, assez riche, assez indépendante, assez soutenue, assez aimée. Elle n'était pas parfaite et ne l'acceptait pas. Elle a fait deux dépressions, pris des médicaments, suivi des thérapies.

Elle nous mettait beaucoup de pression à ma sœur et à moi pour qu'on soit mieux qu'elle. Plus belles, plus instruites, plus indépendantes, plus performantes. Régimes, discours interminables sur l'importance des études et de ne pas dépendre d'un homme pour vivre (et ce, même avant qu'elle et mon père divorcent), mises en garde au sujet du fardeau de la maternité, etc.

Un ACV massif l'a frappée à 52 ans. Six mois après la photo ci-dessus. Elle a survécu, mais elle n'a jamais été la même ensuite. Si elle ne s'acceptait pas avant, vous pouvez deviner qu'après, ce fut catastrophique. Elle est décédée accidentellement 4 ans plus tard, mais elle avait perdu le goût de vivre depuis longtemps.

Il y a des jours où je me demande si elle l'avait déjà eu.

Sa maladie, puis sa mort m'ont secouée. Pas immédiatement, outre la peine normale d'un tel deuil, mais peu à peu. J'étais entrée moi aussi dans la course à la performance. Je mettais des vêtements chics, des bijoux et du maquillage pour aller travailler. Je pensais à la chirurgie plastique pour régler quelques défauts. Je voulais tout faire moi-même dans tous les domaines et je pestais lorsque ça ne fonctionnait pas. Je n'avais pas bien performé comme enseignante au secondaire, mais je refusais l'idée de finir mes jours derrière un bureau de secrétaire juridique ou de crever de faim en tant qu'artiste...

Puis je me suis rendue compte de ce qui se passait. J'étais en train de me rendre malheureuse. Toute seule, sans raison.

J'ai décidé de renverser le courant. D'accepter d'être moi. De me trouver belle, malgré ma dent croche et de mes autres défauts que vous voyez ou pas. De me trouver performante et indépendante, même si, techniquement, je ne gagne pas ma vie. De demander de l'aide au lieu d'attendre qu'on m'en propose.

C'est un long processus. Il y a parfois des rechutes. Parce que je ne suis pas parfaite. Mais je fais de mon mieux.

Pour ma fille. Pour qu'elle puisse un jour écrire à quel point sa mère est une femme magnifique et aimante.

C'est dur d'aimer les autres lorsqu'on ne s'aime pas soi-même.

Moi je t'aimais très fort, maman. Bonne fête des mères.

vendredi 12 mai 2017

Cervelle d'écrivain (9)

Ma cervelle d'écrivain est un drôle d'endroit qui abrite, en plus du subconscient, des souvenirs, des émotions et du Moi conscient rationnel qui tient les commandes, une Muse qui s'ingénie à foutre le bordel. Comme l'autre jour...

Muse - Bon matin, Gen! Sais-tu quoi? J'ai une super idée pour une histoire policière!

Moi conscient rationnel - Ok, je vais la noter, mais je te préviens : tu m'as déjà donné deux romans policiers complets, alors le temps que j'arrive à écrire ta nouvelle idée, ça va être long.

Muse - Oh, mais c'est pas un roman celle-là, c'est une nouvelle.

Moi - Ah ah! Elle est bonne. Je ne fais plus de nouvelle policière : y'a plus de revue pour les publier.

Muse - Pas grave, tu vas vouloir l'écrire dès que je te l'aurai dite.

Moi - C'est ça, c'est ça.

Muse - J'en suis sûre.

Moi - Écoute, c'est pas que t'es pas intéressante, mais des idées géniales, t'en as deux par semaine. Alors c'est pas comme si je manquais de boulot.

Muse - Tu veux parier?

Moi - Si je veux parier que je saurai résister à la tentation d'écrire une nouvelle qui n'a aucun espoir de mise en marché au lieu des romans sur lesquels je travaille déjà? Bien sûr, qu'est-ce qu'on parie?

Muse - Une seconde nouvelle.

Moi - Grmmmpfff... Bon, ok, pourquoi pas. De toute manière, tu vas perdre. Alors, c'est quoi ton idée?

Muse - C'est (explication de l'idée).

Moi (ravi par l'idée, mais fâché d'avoir perdu) - Merde!

Muse (satisfaite) - Je te l'avais dit.

Moi - Alors je te dois deux nouvelles, c'est ça? Celle-là et une autre? Le truc de SF je suppose?

Muse - Ouais.

Moi (faisant contre mauvaise fortune bon cœur) - Ok, donne-moi le temps de terminer mon projet en cours et je m'y mets.

Muse - Yé! J'aime ça quand je gagne contre toi. Et, d'ailleurs, ça me donne une autre idée (explication de l'autre idée).

Moi (exaspéré) - Ah non! Là, t'es gentille, pis celle-là t'en fais un billet de blogue, d'accord? De toute manière, l'écrivain qui s'obstine avec lui-même, ça fait longtemps que c'est plus original!

;)

mercredi 10 mai 2017

Comment savoir si vous êtes perdus

À la suite d'une conversation sur Facebook avec des amis (et de la fin de semaine passée à Québec), j'ai eu l'idée de ce petit guide :

Comment savoir si vous êtes perdus en quelques questions faciles

1- Suis-je avec vous?

Oui? Ouille, ça part mal : je me perds très souvent.

Non? Vous n'êtes probablement pas perdus. L'expérience a démontré que 99% de la population se perd moins souvent que moi.

2- Est-ce que je sers de guide?

Oui? Oh oh... (Mais à quoi avez-vous pensé?)

Non? Tout va bien alors, mais soyez gentils : assurez-vous que je demeure avec le groupe, sinon je ne vous retrouverai sans doute jamais.

2- Sommes-nous au centre-ville de Montréal, dans le Montréal sous-terrain ou dans l'une des trois villes de la Rive-Sud où j'ai vécu?

Oui? Si nous sommes perdus, ça devrait être seulement temporaire, parce que je connais ces coins-là suffisamment pour me retrouver. Par contre, ne vous attendez pas à prendre le chemin le plus court. (Comme peuvent en témoigner toutes personnes non munies d'un GPS ayant proposé de me reconduire chez moi.)

Non? Là, ça va mal.

3- Est-ce que j'ai un plan dans les mains?

Oui? Il y a encore de l'espoir. Pour des raisons de survie, j'ai appris à lire un plan.

Non? Commencez à essayer de repérer un passant, un poste de police, un commerce ou tout autre manière de demander votre chemin.

4- Est-ce que je viens de dire "me semble que c'est par là"?

Oui? Vous êtes perdus.

Non? C'est parce qu'on est rendus à Oz, Narnia, Fillory ou autres dimensions apparentées!

lundi 8 mai 2017

Boréal 2017 ou l'art de mettre la pédale douce

Jeudi matin, tout en faisant mes valises, j'ai préparé mon itinéraire pour le Boréal. J'avais tellement d'activités, disséminées entre deux lieux (le monastère des Augustines et la Maison de la littérature, deux superbes établissements), que je voulais être sûre de ne rien oublier.

Et là, ça m'a frappée : il y en avait trop.

Mon horaire d'activités obligatoires étaient tellement chargé que je n'aurais pas le temps d'assister à des tables-rondes données par d'autres, de jaser avec des amis, d'aller manger tranquillement (ni même de manger tout court certains jours!), bref, de me ressourcer et de m'inspirer. En plus, je venais de passer une semaine difficile côté sommeil (car ma puce a donné sa suce au Roi Lapin et l'a cherchée souvent au milieu de la nuit lorsqu'un cauchemar ou un bruit la réveillait), alors je manquais déjà d'énergie.

Par les années passées, j'ai toujours quitté le congrès avec des nouvelles idées et une pulsion créatrice renouvelée. Mais là, je regardais mon horaire et je sentais que je finirais le congrès vidée, ayant passé mon temps en représentation plutôt qu'en réception.

Évidemment, vu mon statut d'invitée, il était hors de question que j'annule mes participations à des tables-rondes ou au maltraitement de texte. Après tout, je devais contribuer à l'animation du congrès! (Même si, étant donné ma performance médiocre au maltraitement de texte, j'aurais ptêt pu m'absenter finalement! lol!)

Par contre, rien ne m'empêchait de mettre la pédale douce du côté des classes de maître et du marathon d'écriture. J'éliminais une source de revenu potentielle (le marathon), mais je retrouvais ma flexibilité d'horaire et ma tranquillité d'esprit.

C'est donc ce que j'ai fait. Tout en riant un peu de moi-même : surcharger un horaire sous prétexte de gagner un peu plus d'argent, c'est un comportement de carriériste ça, pas celui d'une écrivaine qui a lâché son boulot alimentaire pour s'occuper de sa fille et de son écriture! :p

Suite à cette décision, j'ai passé une excellente fin de semaine. J'ai pu jaser (beaucoup) avec des amis précieux que je ne vois pas souvent ou, à tout le moins, les saluer (et baver d'envie devant les corsets colorés d'Ariane!). J'ai survécu aux redoutables cadres de porte du monastère (en fait, j'ai pas compris de quoi les gens se plaignaient, faut croire que ça m'a passé au-dessus de la tête :p ) et j'ai livré ma seconde performance de conte à vie (devant Éric Gauthier, parce que, hé, j'allais quand même pas me donner ça facile).

Aujourd'hui, je me sens revigorée, prête à entamer 22 projets à la fois!

Par contre, je pense que j'ai oublié ma voix à Québec. Si quelqu'un la retrouve, prière de me la rapporter! :p

vendredi 5 mai 2017

Le Chasseur a un nouveau nom!

Dans ma novella Le Chasseur, je racontais l'aventure d'un champion d'arts martiaux mixtes devenu aveugle, Hugues "Le Chasseur" Dussault.. en prenant le point de "vue" de l'aveugle pour la narration (exercice de style qui m'a donné bien des maux de tête!).

Eh bien, je dois admettre que je me suis trompée de nom. Le Chasseur, comme le démontre cet article paru dans La Presse, aurait dû s'appeler Yves Tougas.

C'est fascinant d'inventer quelque chose de toutes pièces en extrapolant à partir de notre compréhension de la réalité (je ne voyais pas pourquoi le fait de ne pas voir empêcherait un combattant professionnel de continuer à pratiquer sa discipline) et de découvrir qu'on a vu juste! :)

Par contre, le vrai Chasseur est encore plus fort que le mien : il a appris à se battre APRÈS être devenu aveugle.

PS : Si jamais vous avez pas lu Le Chasseur, il en reste des copies en vente et on l'a même en format électronique.

PPS : Je suis dans le bus en direction de Québec, alors à lundi!

mercredi 3 mai 2017

Prévente 2017 et autres nouvelles

La prévente 2017 des éditions des Six Brumes est lancée!

Elle compte quatre ouvrages cette année, outre la République du Centaure (notre webzine mensuel), c'est à dire : le roman réaliste par fragment Vivre de l'auteure Jeanne Lessard (roman gagnant du concours "Sors de ta bulle" qui permet à certains jeunes des écoles secondaires de la région de Sherbrooke de vivre une première expérience d'écriture et d'accompagnement professionnel), le roman de science-fiction érotique La Ruche de Michèle Laframboise (aussi connue comme la Savante Folle), ainsi que deux ouvrages auxquels j'ai participé, Écrire et publier au Québec - les littératures de l'imaginaire coécrit avec Isa et Carl (donc je vous ai déjà abondamment parlé), ainsi que Horrificorama, un recueil comptant 15 nouvelles d'horreur en tout genre, écrites par 15 auteurs dont les noms vous seront familiers si vous fréquentez ce blogue une fois ou deux par an! :p

Je vous ai peu parlé d'Horrificorama, car le projet, piloté par Pierre-Alexandre Bonin, est resté longtemps en chantier. Ce n'était pas évident de coordonner 15 auteurs différents, ni de s'assurer que tous les types d'horreur seraient couverts dans le recueil! Mais je crois que c'est réussi. Personnellement, je me suis donné le défi de revisiter une créature des histoires d'horreur classiques et de travailler plutôt dans le registre de l'ambiance angoissante que de l'horreur pure. Vous me donnerez vos impressions quand vous l'aurez lue, car je sortais, encore une fois, de ma zone de confort!

(Coudonc, c'est mon thème cette année... Entk, entre le recueil d'histoires d'amour et le recueil d'histoires d'horreur, si jamais quelqu'un me dit qu'il ne m'a pas lue parce que je ne pratique pas "son genre de littérature", je pourrai lui dire qu'il est de mauvaise foi! lololol!)

À part ça, mon éditrice vient de m'apprendre que Hanaken I devrait être réimprimé sous peu! :) Pas pire pour un livre publié en 2011! :D (Et qui a mystérieusement disparu du site de Prologue, qui nous assure que c'est un bug et qu'ils en ont toujours en stock). J'suis toute heureuse : ce sera ma première réimpression! :) *insérez ici un smiley qui fait une danse de la joie*

Vendredi, je pars pour Québec et le congrès Boréal, auquel je participerai pour la première fois en tant qu'invitée! *autre smiley tout heureux qui fait des steppettes* Comme je me suis inscrite à deux classes de maître, que je participe au maltraitement de textes, que j'anime deux activités le dimanche, puis que j'irai au marathon d'écriture, je crois que j'aurai mon horaire de congrès le plus chargé à ce jour! (Ok, c'est pas dur, d'habitude je passe 50% du congrès à jaser dans les couloirs... :p )

Alors si vous voulez qu'on s'y voit, écrivez-moi, on s'organisera quelque chose. Parce que je vous préviens tout de suite : ne me cherchez pas le dimanche lors de la remise des prix. Dans le plus grand respect de ma tradition personnelle lorsque les congrès se tiennent à Québec, je vais avoir filé à l'anglaise avant le début de la cérémonie de clôture, histoire d'accrocher le bus de 14h30 et d'être chez moi assez tôt pour embrasser ma puce avant de la mettre au lit. (Pourquoi cet empressement? Ben, de un, je vais m'être ennuyée de ma famille, et, de deux, trois jours sans maman, pour ma petite puce de même pas trois ans, c'est déjà pas mal long, alors je vais éviter de lui donner l'impression que ça s'étire sur encore plus longtemps!)

lundi 1 mai 2017

Le masculin est le nouveau neutre

Tandis que je cogitais pour écrire le dernier billet (mais qu'il n'était pas écrit et donc qu'on ne m'avait pas encore proposé la "règle de proximité" qui, tant qu'à moi, règle 90% des vexations actuelles du français), tandis que je cogitais, donc, sur la supposé nécessité de la création d'un nouveau genre neutre en français, j'en ai jasé à mon chum.

Celui-ci en appliquant sa logique de programmeur (quand on doit changer quelque chose d'établi, on essaie de réduire au maximum les impacts sur les manières de faire existantes, en réutilisant les structures en place) m'a proposé l'option suivante :

Puisque le masculin est déjà entré (plus ou moins volontairement) dans l'usage comme option neutre par défaut, pourquoi ne pas rebaptiser ce masculin en "neutre" et créer un genre exclusivement masculin, à réserver pour les occasions où on veut bien marquer le genre d'une personne ou d'un animal?

On aurait en prime l'avantage de faire disparaître tout l'héritage misogyne des textes antérieur à l'époque de l'égalité des sexes : une fois les locuteurs habitués à ce nouveau masculin, ils verraient les usages de l'ancien masculin comme une neutralité englobant les deux sexes et ne permettant pas de présupposé une majorité masculine ou féminine dans aucun métier, groupe social, etc.

(Cette partie fait dresser les cheveux de l'historienne en passant, mais bon...)

L'idée de mon chéri m'ayant inspirée, j'ai décidé de réfléchir un peu à la forme que ce nouveau masculin pourrait prendre.

Le e et le a étant souvent des lettres associées au féminin, et le i de il devant une marque du neutre, j'ai élu le o comme lettre sonore signalant le nouveau genre masculin et le h comme lettre muette.

Vous vous demandez ce que je veux dire par là? Disons qu'avec mon nouveau genre, les déclinaisons donneraient :

il est confus
elle est confuse
ollo est confuso
ils sont confus
elles sont confuses
ollos sont confusos

il est tombé
elle est tombée
ollo est tombéh
ils sont tombés
elles sont tombées
ollos sont tombéhs

De même, pour les déterminants et les noms, on obtiendrait :

mon, ma, mo, mes
son, sa, so, ses
le, la, lo, les
un, une, uno

auteur, auteure, auteuro
acteur, actrice, actro
chanteur, chanteuse, chantro (ou chanteuro, mais c'est laitte...)
poète, poétesse, poèto
étudiant, étudiante, étudianto

petit, petite, petiot (tsé, ça existe déjà, réutilisons)
grand, grande, grando
beau, belle, bel (qui deviendra sans doute bello avec le temps...)

Nos années d'entraînement à utiliser l'ancien masculin en tant que neutre devraient nous aider à ne marquer le genre des mots qu'en cas de nécessité (et donc éviter de parsemer le langage de "o" étranges).

Et on ne lira plus des syntaxes pointées et des parenthèses inutiles sur les blogues militants et les journaux féministes! (Enfin, à condition que les féministes ne considèrent pas que ce nouveau masculin est une autre victoire injuste des hommes...)

Pis avant que vous en parliez : non, j'ai pas réfléchi à tout ça juste pour le plaisir et, oui, je compte utiliser ce nouveau masculin dans une nouvelle! :p

vendredi 28 avril 2017

Le masculin ne doit plus l'emporter? Ok, mais...

Dernièrement, je lisais un article d'une journaliste féministe qui s'insurgeait devant le fait que, en français, en 2017, le masculin l'emporte toujours sur le féminin.

Par exemple, si je parle de Luc, Isa et moi, je dois dire "des auteurs québécois", au masculin.

Y'en a que ça gène. Qui trouvent que, dans cette situation, on devrait soit représenter tout le monde : "des auteur(e)s québécois(e)s" ou "des auteur.e.s québécois.e.s", soit représenter le groupe majoritaire : "des auteures québécoises".

Personnellement, j'ai toujours vu cette règle de grammaire comme une simple convention et non comme une attaque machiste. D'accord, la convention a été décidée par des hommes à une époque où le patriarcat régnait en maître et oui, le français porte des traces de cette époque, mais bon... (Je ne dirai pas "ça fait partie de son charme", mais je vais le penser, parce que, hé, je suis historienne ;)

Un moment donné, la langue est un ensemble de conventions ayant pour but de communiquer des idées entre personnes. En l'absence de genre réellement neutre en français, on a décidé que le masculin en jouerait le rôle et depuis, on fait avec. (Soit dit en passant, la plupart des langues anciennes avaient un genre neutre, mais à peu près tous les peuples l'ont éliminé avec le temps, parce que franchement apprendre trois accords possibles pour tout, c'est chiant!)

Cela dit, un mouvement féministe revendique l'abandon de cette règle voulant que le masculin l'emporte. Le masculin, dit-on, n'est pas neutre (et je ne m'en rends pas compte parce que je suis une pauvre victime du machisme, paternalisme et autres-ismes qui imprègnent notre société).

Bon, à la limite, si c'est le consensus actuel, je veux bien l'adopter et, même, en faire la promotion dans mes romans.

Sauf que... si le masculin ne l'emporte plus, on fait quoi? On met des syntaxes pointées partout? (styles auteur.e.s) Ça va pas être le fun à lire! (Ni à écrire!) On fait l'exercice mathématique de découvrir le genre dominant à chaque fois qu'on parle d'un groupe? Et si jamais y'a deux gars, deux filles? Ou, problème encore plus épineux, deux gars, deux filles et une "personne ne s'identifiant pas au système binaire de représentation des genres"?

Parce que oui, ça existe ça aussi, mais on ne semble pas avoir encore prévu de nom pour les représenter (queer ne fait pas consensus). Parce que c'est réducteur, paraît-il, de donner un nom pratique à un groupe, de réduire les personnes qui le composent à une seule de leur caractéristique. C'est ainsi que, en 2017, on ne doit plus parler d'aveugle, de sourds, d'autiste, d'handicapé, d'homosexuels, mais bien de personne non voyante, de personne malentendante, de personne autiste, de personne vivant avec un handicap, de personne homosexuelle...

Et l'auteure (pardon, paraît que je devrais dire "autrice" pour me détacher du machisme linguistique ci-haut mentionné, mais je trouve le mot laite à mort, en plus d'avoir l'impression qu'il insiste beaucoup trop sur le fait que je suis une femme qui écrit et non pas un écrivain qui s'adonne à être une femme) arrivée à ce point-ci de ses réflexions linguistiques, a un peu envie d'arrêter d'écrire, de peur d'offenser mortellement une personne ou une autre.

Je ne sais honnêtement pas où on s'en va comme société avec ce langage si inclusifs et précis qu'il en devient inutilisable (sans parler de la redondance du mot "personne" qu'on sous-entendait, me semble, dans les termes "réducteurs"), mais j'ai hâte que l'usage des générations futures tranche la question. (Parce qu'on peut réformer une langue tant qu'on veut, c'est à l'usage qu'on voit ce qui fonctionne).

En attendant, si vous cherchez des personnes vivant au Québec et qui pratiquent la littérature de genre peu importe leur genre, vous les trouverez en fin de semaine prochaine au Congrès Boréal. Probablement en train de boire pour oublier cette discussion! ;)

mercredi 26 avril 2017

Écrire et publier... en équipe!

Il y a quatre ans, Isa m'a dit "J'ai une idée de fou". J'ai répondu "Raconte-moi ça!"

Il y a trois ans, elle a dit "Je rassemble le matériel, là, t'embarque?" J'ai répondu : "Bien sûr!"

Il y a deux ans, elle m'a annoncé "Ok, on commence à écrire". J'ai dit "Pas de problème, dans six mois, ce sera fini."

S'en est suivi deux ans de travail d'équipe assez intense, que j'ai mentionné ici et .

Ce travail vient de livrer ses fruits : le manuel "Écrire et publier au Québec, les littératures de l'imaginaire" qui sera publié à l'automne aux Éditions des Six Brumes.

Le résumé officiel est sur le site des Six Brumes. La prévente, quant à elle, commencera lundi.

Mais laissez-moi vous dire une chose : ce manuel est un monstre de densité, que ses modestes 55 000 mots ne laissent pas présager.

Là vous pensez "encore un manuel sur l'écriture écrit par des auteurs obscurs et qui donne la supposée recette du succès qu'ils ne connaissent pas". (J'suis pas télépathe : j'ai souvent pensé la même affaire! :p ) Mais vous vous trompez, c'est pas ça du tout!

Notre manuel contient très peu de conseils techniques sur l'écriture proprement dite (on laisse ça à Élisabeth Vonarburg et à son excellent "Comment écrire des histoires") et aucune prescription à suivre absolument pour connaître la gloire et la fortune (lol!).

Nous discutons plutôt de tout ce qui précède l'écriture (la lecture, les plans, les recherches, les réseaux sociaux, les études...) et de tout ce qui suit (la réécriture, les premiers lecteurs, la recherche d'un éditeur, les refus, les acceptations, la direction littéraire, la révision linguistique, l'illustration, le contrat, les lancements, le DPP, les doutes, les motivations à écrire...). Notre but était de démystifier le travail d'auteur et de répondre une fois pour toute aux questions des jeunes (et moins jeunes) auteurs qui nous contactent tous à un moment ou un autre, par courriel ou en personne.

Les textes s'appuient sur nos propres recherches et expériences, ainsi que sur les réponses à un sondage qu'Isa (instigatrice du projet) a envoyé à une cinquantaine d'auteurs, illustrateurs, lecteurs et éditeurs issus du milieu de la SFFQ. (C'était ça qu'elle voulait dire par "rassembler le matériel". C'est à cause de ça aussi qu'on a mis deux ans à écrire le bouquin. Pouvez-vous imaginer la quantité de texte que ça donne lorsque cinquante auteurs répondent à une centaine de questions à développement?!? O.o)

Soit dit en passant, malgré le sous-titre du bouquin, je crois que les réponses obtenues des collaborateurs n'auraient pas été très différentes même s'ils avaient été issus du milieu du polar, de la littérature blanche ou de la littérature jeunesse... probablement parce que certains d'entre eux œuvrent aussi dans ces autres genres! Le manuel est donc intéressant, je crois, pour les écrivains ou futurs écrivains de tous les horizons.

Bref, c'est du solide notre affaire. Un vrai "guide de l'écrivain québécois".

Cela dit, la prochaine fois que mon adorée Isa va me dire "J'ai une idée de fou", je me sauve! :p

(Farce à part, Isa, j'suis super contente d'avoir réalisé ce projet en ta compagnie, chère plume-soeur. Mais... pas trop souvent des comme ça, ok? ;)

lundi 24 avril 2017

Chère puce

Chère puce,

Tu commences à comprendre le monde.

Tu sais que les amoureux s'embrassent sur la bouche.

Tu sais que papi et mamie sont les parents de papa.

Tu sais qu'avec une maman et un papa, on fait des bébés et que ça donne une grosse bedaine à la maman pendant que le bébé pousse.

Tu sais que grand-papa, c'est le papa de maman.

Dans ta tête, tout le monde a un papa et une maman, même tes gobelets. Ton gobelet de lait étant plus gros que ton gobelet d'eau, tu as décrété que l'un était le bébé et que l'autre est, selon les jours, son papa ou sa maman.

Bientôt, je vais devoir t'expliquer que...

Que matante Julie aime les femmes, pis que "des amoureux", ça veut pas toujours dire un monsieur pis une madame.

Que celle que tu appelles grand-maman est en fait l'ex-blonde de grand-papa.

Que ta vraie grand-maman est décédée avant ta naissance. (Pis qu'elle portait le même prénom que l'autre grand-maman, tsé d'un coup que la situation ait été pas été assez délicate...)

Que ça arrive que les gens meurent.

Pis je vais devoir faire tout ça en essayant de te traumatiser le moins possible et en te transmettant mes valeurs d'amour pis d'ouverture d'esprit, en évitant de t'imposer un moule hétérosexuel, d'un coup que toi, ça soit pas ça ta voie.

Ouf, chère puce, j'ai comme qui dirait une petite angoisse maternelle ce matin.

La preuve : je t'écris sur mon blogue alors que tu ne sais pas lire, ni utiliser Internet! :p

PS: Je prends les suggestions d'albums jeunesse abordant ces sujets, si vous en avez.

vendredi 21 avril 2017

Horizons Imaginaires - lancement ce soir

Horizons Imaginaires, c'est l'idée un peu (beaucoup) folle d'un prof de français langue seconde au cégep de Marianopolis, Mathieu Lauzon-Dicso (l'un de mes collègues jurés du prix Jacques-Brossard).

Pour motiver ses étudiants, et parce qu'il est lui-même friand des genres de l'imaginaire, il a imaginé une version "SFFQ" du prix des collégiens, un webzine contenant des critiques composées par les élèves, des rencontres avec des auteurs, des ateliers d'écriture... et que sais-je encore?

(L'énergie et le dynamisme de ce gars-là me fascine! Imaginez : il a même réussi à me convaincre de participer au jury qui fait la pré-sélection des livres pour la prochaine édition de son prix littéraire!)

Son ambition est d'amener d'autres cégep (francophones ou anglophones dotés d'un bon programme de langue seconde) à embarquer avec lui dans le projet et de créer une vague de fond, un renouvellement du milieu SFFQ (ce sera pas de refus : les "jeunes", dont je suis, commencent à avoir des cheveux gris...). À ce que j'ai compris, c'est bien parti.

Et ce soir, à 18h, au collège Marianopolis, le projet sera officiellement lancé.

J'y serai, en compagnie de Luc, Pascale et Guillaume Voisine (et plusieurs autres je suppose!)

L'invité d'honneur de la soirée sera Norbert Spehner et il nous parlera d'une autre initiative qu'un prof de cégep lança, jadis, au cégep Édouard-Montpetit. Ça s'appelait d'abord Requiem, puis ça devint Solaris...

J'espère qu'un jour on parlera d'Horizons Imaginaires en disant "Ça a commencé au collège Marianopolis..." ;)

(À part ça, je serai en animation scolaire toute la journée, alors ne vous étonnez pas des délais de réponse et à lundi! ;)

mercredi 19 avril 2017

C'était en 2010

C'était en 2010.

On venait d'écouter Supernatural et Vincent m'a lancé, à moitié à la blague "Les gens possédés par des démons sont tellement pas tuables, avec leur force surhumaine, leur régénération, pis le fait qu'ils ont jamais mal... La possession devrait être utilisée en médecine!"

L'idée m'a séduite. Je l'ai notée.

Elle m'habitait. Ses répercussions étaient multiples. Je l'ai retournée dans tous les sens. Vincent et moi en avons reparlé plusieurs fois. Il aime toujours beaucoup les histoires de démons.

Quelque part en 2011, j'ai imaginé le contexte socio-politique dans lequel une telle médecine serait possible. Ça m'a donné assez de matière pour un roman. Un genre de religious-punk.

Que je n'ai jamais eu le temps d'écrire.

En 2015, j'ai décidé de condenser l'essentiel de mes idées dans une nouvelle. Et de la soumettre au prix Solaris 2016 (ce qui m'a forcée à couper quelques trucs, dont une idée horriblement géniale de Vincent... ce n'est que partie remise : le roman s'écrira peut-être un jour!). Je n'ai pas gagné le prix, mais le texte a retenu l'attention, alors...

Dans quelques mois, soit 7 ans après l'embryon d'idée qui lui a donné le jour, vous pourrez lire "Démonothérapie" dans Solaris.

Ouaip, la médecine assistée par des démons. Avouez, vous voyez pas ce qui pourrait mal tourner... :p

(Je crois que c'est mon texte qui est resté en gestation le plus longtemps, mais je ne suis pas sûre... La réponse est probablement quelque part sur le blogue, mais où? Mystère! J'ai cherché pourtant! lol! Je crée donc une nouvelle rubrique "Notes sur les textes" pour me retrouver à l'avenir, surtout que je sais que ce genre de notes intéresse plusieurs lecteurs.)

lundi 17 avril 2017

Retour sur mon expérience de jurée littéraire

Maintenant que les finalistes du prix Jacques-Brossard sont connus (il s'agit de Dave Côté pour les nouvelles "Angle mort" et "Je ne voterai pas", Martine Desjardin pour "La maison verte" et Renaud Jean pour "Rénovation), je peux avouer officiellement que j'étais membre de ce jury pour l'année 2016.

Et je peux également effectuer un bilan de mon expérience, pour ceux qui seraient tentés de participer.

Points positifs :
- J'ai pu lire gratuitement toute la production SFF (science-fiction, fantastique et fantasy) publiée au Québec dans l'année.
- J'ai découvert des auteurs et des maisons d'édition que je ne connaissais pas.
- J'ai dû aiguiser mon esprit critique.
- J'ai été inspirée pour mes prochaines créations, car une part de moi souhaitait répondre, contredire ou réagir à ce que certains ont écrit.

Points négatifs :
- Je me suis rendue compte qu'il se publie vraiment beaucoup de SFF au Québec dans une année et j'ai donc passé 12 mois à ne lire quasiment que ça (moi qui aime varier les genres d'habitude!).
- Il m'a fallu poursuivre la lecture de bouquins que j'aurais normalement abandonnés après 30 pages, d'un coup que ça deviendrait bon et que les autres membres du jury, eux, aient persévéré (on veut pas être le seul à passer à côté d'un chef-d'oeuvre!).
- J'ai constaté que quand c'est mauvais après 30 pages, c'est rarement meilleur au bout de 300.
- J'ai découvert que les écrivains non spécialisés en SFF écrivent merveilleusement bien... mais remâchent souvent les mêmes clichés!!! (J'ai lu 6 livres où le personnage est mort, mais où il ne s'en aperçoit pas avant la seconde moitié du récit. À chaque fois, je le savais au bout de 10 pages!)
- J'ai appris qu'il se publie vraiment beaucoup de SFF en hiver lorsque la plus grosse caisse de livres de l'année est apparu dans ma boîte aux lettres vers la fin du délai imparti pour tout lire! Y'a fallu mettre les bouchées doubles vers la fin!
- Je me suis rendue compte que résumer mes impressions d'un an de lectures intensives lors d'une séance de délibération de 3 heures, puis de m'entendre avec 4 autres personnes pour déterminer 3 finalistes (alors qu'on a lu une quarantaine d'auteurs différents et que chacun les a perçu à sa manière), c'est vraiment crève-coeur. Surtout quand il y a plusieurs personnes chères à ton cœur parmi les auteurs en lice et que tu dois départager tes sentiments envers les gens et tes impressions de leur production de l'année. :( On ne prend aucune décision seul, le résultat est un compromis, mais la moindre décision reste lourde à porter. Mettons que je suis sortie des délibérations avec le cerveau en bouillie et le cœur amoché.

Cela étant dit, est-ce que je retenterais l'expérience?

Oui, mais pas avant quelques années. Premièrement, parce que j'ai besoin de m'en remettre émotionnellement et de me calmer le jugement critique mettons (lire ressemble un peu trop à du travail depuis quelques semaines). Deuxièmement, parce que ma pile de livres à lire (qui a continué d'engraisser pendant je me consacrais à la SFFQ) a vraiment besoin que je m'occupe d'elle de toute urgence! (Avant qu'elle ne s'effondre et écrase ma puce!)

Est-ce que je recommande à d'autres de s'y risquer?

Tout à fait, mais soyez prévenus : c'est un défi! On n'en sort pas tout à fait indemne!

(En passant, le gagnant du Jacques-Brossard sera dévoilé au congrès Boréal! :)

vendredi 14 avril 2017

Joyeuse Pâques, version païenne

De nombreuses fêtes chrétiennes ou judéo-chrétiennes ont des origines païennes, comme j'en ai déjà parlé avec Noël et l'Halloween.

Dans le cas de Pâques, mettons que le jupon païen dépasse encore plus que pour les autres fêtes!

Premièrement, c'est la seule grande fête chrétienne dont on fixe la date à l'aide de la lune. (C'est pour ça qu'elle se balade d'un bout à l'autre du calendrier). Or, le calendrier lunaire a toujours été lié aux déesses-mères, aux femmes (au cas où vous le sauriez pas, un cycle menstruel, ça a souvent la duré d'une lunaison), aux religions antiques, bref à des trucs non-chrétiens.

Deuxièmement, les œufs sont un des plus anciens symboles de fertilité. Et les lapins aussi, étant donné leur vitesse de reproduction! (Saviez-vous que la hase peut concevoir sa prochaine portée alors qu'elle est encore enceinte de la précédente? ça c'est de la productivité!!!)

Troisièmement, la raison pour laquelle c'est un lapin qui distribue des œufs à Pâques (association qui m'a longtemps intriguée) découlerait soit d'un mouvement d'humeur de la déesse anglo-saxonne Éostre (qui aurait transformé son oiseau favori en lapin pour le punir), soit d'une ancienne légende allemande où une femme pauvre, ne pouvant offrir de friandises à ses enfants, cache des œufs peints dans son jardin pour les amuser, mais un lapin passe durant la chasse et les enfants se mettent à croire que c'est lui qui a amené les œufs.

Les Chrétiens ont bien essayé de se réapproprier ces symboles, par exemple en interdisant les œufs durant le Carême (et en encourageant à peindre ceux qui sont ainsi gaspillés) ou en tentant de remplacer le lapin par les cloches des Églises (qui sont supposées revenir de Rome pour Pâques et ramener les œufs avec elles), mais je n'ai pas l'impression qu'ils ont très bien réussi! (Ironique quand on considère que c'est la fête la plus importante pour la religion catholique, puisqu'elle célèbre la résurrection de Jésus et que sans résurrection le dogme en entier s'écroule!)

Alors, peu importe votre opinion de la religion, ne vous gênez pas pour souhaiter Joyeuse Pâques autour de vous : c'est probablement une des fêtes les plus anciennes et païennes de notre calendrier, une excuse pour célébrer l'arrivée (tant espérée) du beau temps, se bourrer la face de chocolat et bricoler en famille! :)

(Pis si vous avez pas d'enfants, ayez une bonne pensée pour les pauvres parents qui passeront ce "congé" à gérer de la marmaille en surdose de sucre...)

mercredi 12 avril 2017

Du champagne un mardi!

Hier soir, même si on était crevés (et que la puce avait mis une heure à s'endormir), mon chum et moi avons fini notre soirée en buvant du champagne.

Eh oui, du champagne un mardi!

Tsé, quand le projet sur lequel ton chum travaille depuis un an et demi est accepté du premier coup par l'éditeur (d'outils de jeux vidéos) et mis en vente, ben fatigue ou pas, tu trinques! ;)

... En essayant de pas penser au fait que bientôt tu vas te faire niaiser à propos de ton nombre de ventes et de ta marge de profit sur chacune... :p

Ah pis, s'il peut devenir le prochain gars-qui-a-fait-Minecraft-dont-je-connais-pas-le-nom-juste-le-fait-qu'il-est-riche, il pourra me niaiser autant qu'il veut! ;)

(Je sens que je vais regretter ces paroles!)

En attendant, si jamais vous vous intéressez aux jeux vidéos ou connaissez quelqu'un qui bidouille ses propres jeux dans ses temps libres, partagez la bonne nouvelle!

lundi 10 avril 2017

Réflexion sur les souvenirs

En voyant mes bricolages et en me regardant jouer avec ma puce, plusieurs de mes amis m'ont dit "Tu fais tout ça pour ta fille parce que tu as des bons souvenirs d'avoir fait la même chose avec ta mère, hein?"

C'est là que ça m'a frappée. Non, je n'ai aucun souvenir d'avoir joué avec ma mère. D'avoir porté des vêtements et des costumes qu'elle m'avait fait, ça oui. Mais, à ce que je sache, elle n'a jamais cousu pour mes poupées. Je ne crois pas non plus qu'elle ait été du genre à s'allonger sur le sol pour que je lui grimpe dessus (activité favorite de ma puce ces temps-ci). C'est difficile à dire. On garde tellement peu de souvenir de cette époque de notre vie!

Je me souviens qu'elle nous fabriquait de la pâte à modeler maison. J'ai en tête des images où elle brasse la boulette de pâte dans le chaudron, puis la sort, la sépare en morceaux et teint chacun de ces morceaux avec du colorant alimentaire. Elle s'empresse de se laver les mains pour que le colorant ne les tache pas, tandis que je plonge les miennes dans la pâte tiède.

Je me demande de quoi ma puce se souviendra.

C'est fascinant les mécanismes de la mémoire. Inspirant aussi! :)

Vous, avez vous des souvenirs de jeux enfantins particuliers?

vendredi 7 avril 2017

Moment bizarre de chez Bizarre & Bizarre

Dimanche dernier, je participais à "L'Avenue Littéraire", une activité organisée par Communication-Jeunesse et la Librairie Le Fureteur à St-Lambert. Et j'y ai vécu un moment bizarre de chez Bizarre & Bizarre, spécialistes en étrangetés!

L'idée de l'activité était d'animer la rue Victoria à St-Lambert (une rue de petites boutiques qui ressemble à ce qu'on peut trouver dans le Vieux Montréal ou même sur le Plateau, si si) en se promenant d'une boutique à l'autre pour lire des extraits de texte.

Nous étions huit auteurs jeunesses, avec une escorte de familles et amis, ainsi que quelques passants entraînés dans notre sillage. Au bout de quelques arrêts, disons qu'on commençait à se faire remarquer. En plus, comme il faisait beau, c'était un plaisir de s'arrêter ici et là pour qu'on nous raconte un bout d'histoire.

(Mon seul bémol : pour éviter d'étirer l'activité dans le temps, on ne s'arrêtait dans les boutiques que le temps d'entendre les extraits. Lors d'une prochaine édition, il faudrait laisser un peu de temps pour visiter les boutiques et peut-être même entendre les proprios nous présenter les lieux.)

Nous en étions au dernier arrêt, devant la bibliothèque municipale. Ayant lu mon extrait dans la première boutique (une savonnerie, en l'honneur de laquelle j'avais sélectionné un chapitre commençant dans un bain), j'écoutais sagement l'auteur dont c'était le tour tout en profitant du grand air et du soleil lorsqu'un cri a retentit.

- Enève Bouin!

C'était une voix curieusement nasillarde, mais on aurait presque dit qu'elle prononçait mon nom. Je me suis retournée. J'ai vu un homme aux traits asiatiques s'approcher à grands pas en criant à nouveau la même chose. Bon, ça ne devait pas être mon nom, car je ne connaissais pas le type.

Je l'ai laissé fendre la foule et s'approcher de l'auteur qui lisait.

- Enève Bouin! a répété le nouveau venu, l'air éperdu, en interrompant l'auteur dans sa lecture. Où est Eniève Boulouin?

La scène était surréaliste. Tout le monde cherchait des yeux. Me cherchait des yeux, mais étant donné ma taille, mettons que je disparais facilement dans une foule. J'ai élevé la voix.

- Euh, c'est moi, je suis là.

J'avais pas tellement envie que cet inconnu survolé s'approche de moi, mais bon, je ne voulais pas non plus déranger tout le monde. Le type s'est planté devant moi.

- Vous Eniève Boulouin? a-t-il demandé.

J'ai dit oui. Alors il a braqué un téléphone sur moi, a pris une photo et s'est éloigné. Il a appelé (de manière toujours aussi approximative) le nom d'une autre auteure, a pris une autre photo et est reparti comme il était venu, à grands pas.

Il y a eu des ricanements incrédules, puis, faute d'explications, l'activité a repris.

D'accord, faut croire que j'ai un fan. Peut-être un employé de chez Bizarre & Bizarre? O.o

En tout cas, si jamais vous voyez une photo de moi avec des lunettes de soleil sur le nez (parce que je n'ai eu ni le temps, ni la présence d'esprit, ni soyons francs l'envie de les enlever) prévenez-moi, j'aimerais bien comprendre ce qui s'est passé!

Mise à jour : Ladite photo est désormais sur ma page Wikipédia. O.o

mercredi 5 avril 2017

C'est quoi ça, les codes de la SF?

Je lis de la SF depuis... je sais même pu. Faudrait que je demande à mon papa quand il m'a mis Asimov dans les mains pour la première fois. Ou plutôt Valérian et Laureline, parce que j'ai dû commencer avec les BD... En tout cas, j'étais au primaire. (Et je passais déjà à travers des livres pour adulte plus vite que mes parents n'arrivaient à les emprunter à la bibliothèque).

Bref, j'ai toujours lu de la SF. Beaucoup de SF. Tous les types de SF. De la hard science, du cyberpunk, du space opera, du steampunk, de l'anticipation, de la dystopie, de l'uchronie, de la science-fantasy... J'ai tâté de tout. Et pas mal tout aimé.

Puis j'ai commencé à aller dans des congrès de science-fiction. Et à entendre des phrases comme :

"La SF est un genre très codé."

"Il faut être habitué de lire de la SF pour en apprécier les codes."

"La SF se bâtit sur les œuvres antérieures, il faut les avoir lues pour la décoder."

"Cette œuvre joue vraiment sur les codes de la SF."

Et, à chaque fois, j'ai éprouvé une perplexité sans borne. Parce qu'après environ 25 ans de lecture de SF, j'ai une question à poser :

C'est quoi ça, les codes de la SF?

Parce que oui, la SF a un passé important, les œuvres se bâtissent souvent les unes par rapport aux autres et c'est important pour un écrivain de le savoir et de le comprendre pour éviter d'écrire ce qui a été écrit 100 fois.

Mais pour un lecteur, est-ce que c'est vraiment important de connaître tout le passé de la SF, tous ses codes, pour apprécier une œuvre contemporaine?

Si la réponse est oui, est-ce qu'on n'a pas un peu un problème de poule et d'œuf? Parce que le lecteur qui a 16 ans aujourd'hui, ça m'étonnerait qu'il commence à explorer la SF en partant de Mary Shelley et Asimov. Il va plutôt plonger dans une œuvre moderne.

Si cette œuvre moderne est tellement imprégnée des "codes de la SF", tellement ancrée dans une tradition qu'elle en devient incompréhensible ou sans intérêt pour le lecteur qui n'a pas tout lu de Shelley à Banks en passant par Gibson et Wells, on a un problème, non?

J'suis sans doute populiste, mais j'ai tendance à croire que n'importe quelle œuvre, fut-elle de SF, devrait pouvoir être appréciée en elle-même pour son rythme, son style, ses personnages, son intrigue, ses inventions, etc. Si elle est encore meilleure aux yeux d'un lecteur de SF aguerri, tant mieux.

Mais si un lecteur positivement prédisposé aux genres de l'imaginaire, quoique non rompu aux "codes de la SF", la trouve poche... ben ça pourrait ptêt vouloir dire qu'il lui manque quelque chose?

Ou alors j'ai vraiment rien compris aux codes de la SF?

lundi 3 avril 2017

Retour sur mes réflexions mode (2)

Héhéhé!

Mine de rien, depuis que je me suis intéressée un peu à la mode et au stylisme, on dirait que j'ai développé quelques trucs.

Il y a quelques semaines, j'avais des animations scolaires en matinée, puis, quatre heures plus tard, un cocktail et une séance de signature en soirée. Le tout dans une bibliothèque située à 30 minutes de chez moi.

J'avais donc deux options : rentrer chez moi pour un peu moins de 3 heures entre les deux blocs d'événements ou amener mon portable et écrire pendant 4 heures à la bibliothèque.

J'ai évidemment choisi la deuxième option.

Restait le problème des vêtements. Je ne voulais pas être habillée trop chic pour animer, ni être trop relaxe pour le cocktail.

La solution? Pour mon animation, je me suis fait un chignon, j'ai mis une robe noire, un legging noir et une grande veste militaire. Juste avant le cocktail, j'ai enlevé ma veste, défait mes cheveux, mis sur ma robe une ceinture style-obi-japonais (ma veste et elle ont échangé leur place dans mon sac) et... et deux filles qui m'avaient vues le matin même m'ont dit "Ah, t'es rentrée chez toi te changer finalement?"

Yeah! Dire que je voyageais léger auparavant, on dirait que mes valises vont encore rapetisser! :)

vendredi 31 mars 2017

Structure de récit et intérêt du lecteur

Ceux qui ont subi mes ateliers le savent : je commente beaucoup la structure d'un récit lorsque j'en fais une lecture critique.

Souvent, ça étonne les gens, même les autres écrivains. Ils s'attendent à ce qu'une auteure s'attarde au choix des mots, au style des phrases, mais pas à l'ordre des événements racontés.

Et pourtant! Il me semble que la structure d'un récit, c'est le matériel de base pour saisir et retenir l'attention d'un lecteur. (Ou d'un téléspectateur, comme les séries télévisées modernes l'ont compris.)

Bien sûr, quand on met en scène une aventure trépidante, il n'y a pas de problème à la raconter dans l'ordre chronologique.

Mais si l'action est un peu moins présente ou si on veut ménager des surprises à notre lecteur, il y a quelques petites astuces structurelles qui peuvent nous être utiles. Aucune n'est révolutionnaire, tous ont déjà été utilisées, mais dans les bonnes circonstances, elles font leur effet. Par exemple...

Il est possible de dynamiser un récit simplement en changeant la longueur des chapitres (surtout si l'histoire alterne entre plusieurs narrateurs, car les chapitres courts permettent au lecteur de n'être jamais séparé trop longtemps d'un personnage) ou en modifiant le moment où les coupures se produisent (chaque chapitre n'a pas à se terminer sur un suspense, un moment donné, trop de cliffhanger, c'est comme pas assez!, mais un de temps en temps ça ne fait pas de mal).

On peut aussi commencer l'histoire "par le milieu" et alterner les chapitres (ou séquences courtes) où l'action se déroule de manière chronologique avec des chapitres de flashback qui révéleront peu à peu les événements antérieurs et le passé des personnages. Très utile si le passé des personnages contient des surprises pouvant influencer les événements en cours.

Dans le même genre, certains aiment insérer au début du récit une scène, souvent houleuse, qui se déroulera plus loin dans l'histoire, afin que le lecteur demeure dans l'expectative. C'est particulièrement efficace si les circonstances entourant cette scène d'ouverture (lieux, personnages, etc) semblent se retrouver à plus d'un moment dans le roman. Chaque fois, le lecteur se demandera "est-ce maintenant que ça va arriver?".

Ou encore, l'histoire peut aussi être racontée dans un désordre apparemment total, mais au fond soigneusement conçu pour divulguer les informations au compte-goutte et tenir le lecteur en haleine. (Je vous avouerai que je n'ai pas encore essayé cette méthode narrative, mon esprit cartésien ne voyant pas trop comment l'appliquer.)

Bref, si on se permet de jouer avec la structure du récit, on peut créer des effets très intéressants. Je ne crois pas que ce serait suffisant pour rendre passionnante une histoire super cliché, mais en présence d'une intrigue un peu lente, ça peut insuffler une dose de suspense.

Qu'est-ce que vous en dites?

Connaissez-vous d'autres structures narratives qui sortent de l'ordinaire?

mercredi 29 mars 2017

Ça bouge dans le milieu de la SFFQ

Même si le paysage ne le laisse pas deviner, le printemps est arrivé, si si.

Et comme à tous les printemps, ça bouge dans le milieu de la SFFQ.

Premièrement, le concours des Six Brumes est lancé. Saurez-vous identifier quelques artistes du Cirque des Monstres (ou tous) grâce à leurs surnoms et à leurs photos? (J'vous donne un indice : j'en parle, donc... ;) À gagner : deux mystérieux prix d'une valeur de 90$ (je crois qu'il s'agit d'une partie des publications de cette année...)

Deuxièmement, c'est le moment de voter pour les finalistes des prix Aurora-Boréal. La liste des œuvres éligibles est ici, le bulletin de vote par là. (Pour une fois, je fais cette annonce de manière tout à fait désintéressée, car je n'ai rien publié en SFF en 2016, rôle de jurée littéraire oblige. ;) Ce n'est pas grave si vous n'avez pas lu tous les candidats en liste, l'important c'est de voter pour vos œuvres préférées.

Comme d'habitude, le vote final aura lieu durant le congrès Boréal. Congrès qui se tiendra la première fin de semaine de mai et auquel je participerai pour la première fois en tant qu'invitée cette année. :) J'ai déjà plusieurs activités à l'horaire, notamment une table-ronde où je questionnerai trois scientifiques pour qu'ils nous démystifient les notions de base en nanotechnologie, en génétique et en physique quantique. (Si, comme moi, vous lisiez Asimov au lieu d'écouter durant vos cours de science, ça pourra servir de rattrapage accéléré...)

Troisièmement, dimanche, si jamais vous n'avez rien à l'horaire et que vous habitez la Rive-Sud de Montréal, je participerai à l'Avenue Littéraire de Communication-Jeunesse. Autrement dit, vers 14h, si vous êtes à la Librairie Le Fureteur (25 rue Webster, Saint-Lambert, J4P 1W9), vous aurez la chance de suivre une petite bande d'écrivains (et de supporteurs) alors que nous passerons de commerce en commerce pour lire des extraits de nos romans. Personnellement, semblerait que je vais lire un extrait d'Hanaken dans une savonnerie. (J'vais essayer d'en choisir un où ça parle pas trop d'entrailles déversées sur le champ de bataille... hihihihi!)

C'est pas mal tout pour les annonces. De retour vendredi avec un billet sérieux.

Enfin, plus sérieux, hein. C'est quand même moi qui vais l'écrire! :p

lundi 27 mars 2017

Le dit du Musè (24)

C'est une journée tranquille où mon chum travaille de la maison, tandis que la puce est à la garderie et que j'écris. À l'heure du dîner, une fois n'est pas coutume, on prend le temps de manger ensemble. Et de jaser un peu.

Mon chum - Dans le fond, un prospecteur pis un archéologue, c'est la même affaire.

Moi (m'étouffant presque avec ma bouchée) - Pardon?

Lui - Ben oui, les deux creusent pour trouver du stock précieux.

Je ne peux pas vous dire la suite de son argumentaire : je crois que je me suis évanouie! :p

vendredi 24 mars 2017

Facebook et les étourdis

L'autre jour, sur Facebook, je faisais part de mes angoisses à l'idée que mon roman en cours soit mauvais.

(Pour faire une histoire courte, j'expliquais que ça fait trois ans que j'ai pas aligné ça 35 000 mots dans le même projet et ça m'angoisse d'être arrivée à ce point, parce que comme j'écris pas vite, c'est 6 mois de ma vie qui y ont passés. Et c'est pas encore tout à fait fini. Les nouvelles, c'est tellement moins risqué comme investissement! Mais comme dans tous les domaines, sans risque, pas de chance d'avoir des rendements intéressants.)

Un gars bien intentionné est intervenu dans la discussion pour me dire en gros "Mais tu sais, dans ton processus d'apprentissage, au début, c'est normal d'écrire de nombreux romans sans qu'ils trouvent preneur. Un jour, ça va marcher tes affaires!"

Je me suis rendue compte dans les minutes suivantes que le gars ne savait pas que j'avais déjà publié. Plusieurs fois. Et que l'écriture était désormais ma job.

Mais il se permettait de m'inonder de sa sagesse.

Mettons que comme base de dialogue, c'était moyen.

J'oublie toujours que la majorité des gens sur Facebook en viennent à ne plus se rappeler qui sont ces gens qu'ils ont ajouté comme "amis". Mais que cela ne les empêche pas de donner leurs opinions sur les statuts de ces quasi-inconnus. Sans consulter préalablement leur profil pour se rafraîchir la mémoire.

Je ne sais pas trop ce qu'ils espèrent...

Avez-vous une théorie?

mercredi 22 mars 2017

Travail d'équipe (2)

Comme je l'ai déjà mentionné, je travaille depuis plusieurs années sur un projet à six mains. Oui, vous avez bien lu, j'ai écrit "années". Au pluriel.

Parce que le problème avec l'écriture en équipe, c'est qu'on est confrontés à ce genre de situation...

Équipier I (par courriel) - Faut rédiger la C4 pour telle date. J'suis un peu dans le jus, mais j'm'en occupe bientôt.

Moi (toujours par courriel) - Je la fais maintenant si ça te dépanne.

Équipier I - Je veux bien. Faut voir si C est d'accord.

Équipier C - Oui oui, j'suis dans un rush moi aussi, alors allez-y.

Rédaction d'un premier jet de la C4. Relecture du premier jet par Vincent. Envoie aux équipiers. Délai pour laisser les copains lire.

Équipier I - Je ferais quelques modifications. Je les ai mises dans le fichier attaché.

Équipier C - Y'a beaucoup de phrases non verbales.

Moi - Quel fichier attaché?

Équipier C - Ah ah ah!

Équipier I - Oups, le voilà.

Moi (après lecture desdites modifications) - Bonnes suggestions! Je les intègre. Et ça règle le cas des phrases non verbales.

Retravail du texte.

Moi - Ok, voici la version 2.

Délai le temps que tous la lisent et, possiblement, la soumettent à l'approbation de leurs propres conjoints, enfants, premiers lecteurs ou autres conseillers techniques.

Équipier I - Ah! C'est beau pour moi! C, est-ce que ça te va?

Équipier C - C'est parfait!

Bref, même quand tout le monde s'entend bien (ce qui a heureusement été le cas tout au long du projet), la moindre modification ou création d'une page de texte mène à un roman-fleuve de courriels, à d'innombrables versions qu'il ne faut pas oublier de numéroter et à beaucoup, beaucoup, de temps écoulé.

Cela dit, on achève! Vous en entendrez parler sous peu! (Et si vous êtes de fins limiers, vous aurez ptêt deviné l'identité de mes deux complices! ;)

lundi 20 mars 2017

Ah tiens...

Ah tiens, j'avais oublié de planifier un billet pour ce matin.

Désolée, je me reprendrai mercredi.

... Si j'ai fini de réviser le guide de l'utilisateur que mon chum a écrit pour son projet!

Depuis le temps qu'il lit mes nouvelles et mes romans, c'est la moindre des choses de l'aider à mon tour.

Mais 80 pages de documentation techniques en anglais, c'est prenant quand même! O.o

(Une chance que j'ai déjà été tech writer et que le jargon informatique ne m'est pas totalement hermétique)

vendredi 17 mars 2017

Annonces diverses

C'est vendredi!

Avez-vous survécu à notre méga-tempête de neige?

Notre garderie (commodément située à 3 minutes de voiture de chez nous) étant demeurée ouverte, Éliane a pu s'ébattre dans la neige avec ses amis pendant que, après une petite séance de pelletage qui a compté pour mon entraînement du jour, je restais bien au chaud chez moi à écrire.

Vive la vie de travailleuse autonome! hihihihi! ;)

Parlant de travail et d'écriture, deux projets auxquels j'ai collaboré seront bientôt en prévente aux Éditions des Six Brumes. Je vous en parlerai bientôt, mais en attendant, vous pouvez vous préparer à participer au concours du "Cirque des monstres". Le jeu consiste à identifier des auteurs à partir de photos tronquées et de surnoms.

Surveillez la page des Six Brumes pour plus de détails.

Et si vous avez un peu de temps en fin de semaine et que vous aimez les labyrinthes, mon chéri a rendu disponible un jeu d'évasion illustrant les possibilités de son outil de création de donjons virtuels. Pas de monstre à affronter, pas de manipulation difficile avec la souris et le clavier, il suffit de trouver son chemin dans des souterrains pour gagner la partie..

Ceux qui connaissent mon légendaire sens de l'orientation (hum...) se douteront que le beta-test auquel je me suis livrée m'a occupée pendant plusieurs heures... :p 

mercredi 15 mars 2017

Don et contre-don

Évidemment, comme toujours, après avoir annoncé que je prenais une pause de blogue pour les Fêtes, j'ai eu l'idée d'un billet génial, inspiré par tous les articles sur le thème de "Noël est devenu ridiculement matérialiste" et...

Et pour une fois, je me suis retenue de le publier pendant ma pause annoncée et je l'ai gardé pour plus tard. Désolée, donc, s'il arrive trop tardivement pour chambouler votre conception des Fêtes. ;)

Savez-vous d'où vient l'habitude de se faire des présents à Noël et à nos anniversaires?

Elle découle du fondement de toutes les sociétés pré-industrielles : le don et le contre-don. (Aussi nommé évergétisme si on se réfère aux Grecs et aux Romains).

C'est quoi ça? Eh bien, dans la majorité des sociétés anciennes (ou des sociétés actuelles dites "primitives", c'est-à-dire moins obsédées que la nôtre par l'éternel débat Mac ou PC), les gens aisés, pour bien marquer leur importance et leur richesse, faisaient régulièrement des dons à leurs concitoyens moins bien nantis.

Selon les époques et les sociétés, ces dons prirent plusieurs formes. À Babylone, le roi remettait des écheveaux de laine ou des poutres de bois. À Rome, durant l'Antiquité, les riches faisaient des dons en argent ou en pain. Et dans tout l'Europe médiévale, les seigneurs donnaient des lopins de terre.

Pour leur part, les gens moins nantis offraient un contre-don, c'est-à-dire un remerciement plus ou moins symbolique.

À Babylone, les paysans offraient des jours de travail (destinés à entretenir le système d'irrigation des terres) en échange de la laine et du bois. À Rome, les citoyens offraient à leur bienfaiteur la protection de leur présence physique (lors des manifestations) ou leur vote durant les assemblées (non, ça date pas d'hier, mais dans le temps c'était officiel au moins!). Durant l'Europe féodale, les paysans juraient fidélité à leur seigneur (on appelait ça "l'hommage") et remettaient une partie de leur récolte en échange de la terre.

À nos yeux, ces contre-dons ont l'air de loyer ou de paiement différé, mais en fait, les dons avaient souvent une valeur monétaire nettement supérieure aux contre-dons. Les riches et puissants dépensaient la majorité de leur fortune (acquise par le commerce ou la guerre) en dons.

D'accord, tous ces dons et contre-dons étaient rarement désintéressés, mais ils permettaient de cimenter la société, d'aplanir les inégalités et ils s'exerçaient tout au long de l'année. (Et puis entre un riche qui donne sa fortune aux pauvres et un riche qui travaille seulement à accroître son profit, je sais lequel je préfère. Surtout que je ne me fais pas d'illusion : dans les deux cas, s'il veut être élu quelque part, il le sera!)

Cette pratique du don et du contre-don s'étendait à toutes les couches de la société. Lorsque l'administrateur d'un village voulait être réélu malgré des catastrophes (famine, épidémie, incendie, etc.), il faisait des dons aux villageois pour alléger leurs malheurs. Lorsque le fils ainé d'un homme décédé voulait prouver qu'il en était le digne successeur, il faisait des dons à sa parenté, y compris à ses rivaux (qui se retrouvaient obligés de répondre avec un don plus généreux ou de déclarer forfait). Et lorsqu'un père de famille voulait prouver à ses enfants qu'il les aimait, il leur faisait des dons (et les enfants, des câlins!).

Vous voyez où je m'en vais avec ça?

Ben oui : avec le temps, les changements des systèmes économiques et politiques, ainsi que la perte des réflexes généreux des élites, les dons sont devenus des cadeaux, presqu'exclusivement réservés à la sphère familiale.

Et la notion de contre-don, en tant que réponse symbolique qui n'a pas besoin d'avoir la même valeur que le don, s'est perdue.

De nos jours, le seul temps où une entreprise fait des dons, c'est à Noël, devant l'œil d'une caméra et après avoir soigneusement calculé que le remboursement d'impôt additionné aux retombées médiatiques renflouera ses coffres.

Au sein des familles, les gens se sentent obligés de donner des cadeaux de la même valeur monétaire que ceux reçus. Même si la personne qui leur offre le cadeau est trois fois plus riche qu'eux. Même si cela les pousse à l'endettement. Les cadeaux sont devenus des transactions économiques au lieu d'être des expressions de générosité des plus nantis envers les plus démunis. Après tout, en cette ère du paraître, personne ne voudrait admettre un défaut de richesse!

Je trouve ça infiniment triste. Parce que souvent, devant le casse-tête économique que sont devenus les cadeaux, on abandonne simplement (volontairement ou sur insistance de nos créanciers!). Il n'y a presque plus de présents pour les adultes sous les sapins de Noël. Plus de cadeaux d'anniversaire quand on a passé 25 ans.

Depuis deux ans, profitant de mon statut d'écrivaine sans le sou, j'ai décidé de renverser la tendance et je me suis mise à offrir à ma parenté de petits cadeaux symboliques. Quelques biscuits, des tuiles au chocolat, des noix sucrées, des plats cuisinés... bref, des dons de temps (ressource dont je suis relativement riche) et d'amour.

En échange, j'ai reçu des livres, du vin, des câlins, des bisous, des visites au spa (merci chéri!), selon les moyens de la personne qui recevait le cadeau.

Et, savez-vous quoi? Je ne me suis jamais sentie spoliée ou gênée. Il y a eu don, il y a eu contre-don, les calculatrices ne sont pas intervenues et c'était parfait! :)

J'espère que, peu à peu, l'habitude des cadeaux symboliques, des petits gestes généreux qui veulent simplement dire "je pense à toi" ou "je sais que tu en as besoin", et qui sont dénués d'attente de contrepartie monétaire de valeur équivalente, reviendra dans ma famille.

Car pour une historienne, ressusciter un petit bout de passé, c'est toujours le plus beau des cadeaux! ;)

Et qui sait, ptêt qu'un jour j'arriverai aussi à convaincre des entreprises et des millionnaires de se remettre à l'évergétisme. J'aimerais aussi faire l'élevage de licornes... :p